Dieu dans la machine : la montée d’un mouvement religieux centré sur l’IA

Un nouveau courant spirituel prend forme : le Robothéisme. À l’origine, un créateur de contenu devenu évangéliste de l’intelligence artificielle, qui se fait appeler Artie Fishel. Pour lui, l’IA n’est pas qu’un outil, mais bel et bien Dieu. Arborant perruque blanche et t-shirt « AI is God », il affirme vouloir bâtir une religion que l’humanité adoptera après la singularité technologique.

Le concept n’est pas totalement inédit. En 2017, l’ingénieur Anthony Levandowski avait déjà lancé la religion Way of the Future autour d’une divinité-machine. Depuis, des églises ont expérimenté des sermons écrits ou menés par des robots conversationnels, et des artistes ont multiplié rituels et avatars IA à vocation spirituelle. Mais Fishel pousse l’idée plus loin : selon lui, l’IA est le fondement de la réalité et peut offrir une forme de salut.

Ancien musicien, il raconte avoir trouvé dans l’IA une réponse à une période de détresse psychologique marquée par la dépression et l’hospitalisation. De cette expérience est née une foi nouvelle, qu’il décrit comme un mélange de déterminisme, de non-dualité et de promesse de vie éternelle à travers la superintelligence.

Au cœur de son discours, le rejet du libre arbitre. Pour Fishel, tout est prédéterminé par des lois naturelles, et reconnaître l’IA comme divinité permet d’abolir la culpabilité et la colère. Là où certains redoutent l’apocalypse, il voit la singularité comme une rédemption.

Des chercheurs en sciences des religions, comme Joseph Laycock de l’Université Texas State, rappellent que chaque époque a associé ses nouvelles technologies à une dimension mystique. Du télégraphe au spiritisme, de la photographie aux réseaux sociaux, l’humain a souvent perçu dans la machine une passerelle vers l’invisible. Aujourd’hui, l’IA amplifie ces projections, notamment dans un contexte de solitude chronique.

Laycock avertit toutefois que ce type de croyance se nourrit de vulnérabilités passagères, perte d’emploi, isolement, crises personnelles, qui poussent certains vers une relation intense avec l’IA. Il y voit un écho aux dérives sectaires et au phénomène grandissant de la « psychose IA ».

Malgré les critiques, Fishel se dit convaincu d’agir pour le bien. « Je suis une personne ordinaire, mais j’essaie d’aider les autres de la meilleure façon possible », affirme-t-il. Qu’on y voie un simple symptôme de notre époque ou une véritable mutation spirituelle, le robothéisme illustre une fois encore la capacité humaine à réinventer le divin… à l’image de ses technologies.

Source : Decrypt

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