
À quelques jours de l’ouverture du Consumer Electronics Show 2026, une lecture s’impose chez certains observateurs aguerris du salon. Pour Mathieu Deboeuf-Rouchon et Lionel Tardy, auteurs du Guide de survie du CES, le CES n’est plus d’abord une vitrine de nouveautés, mais un instrument de lecture du temps long technologique. Un espace où l’on observe moins ce qui fera sensation demain que ce qui structurera réellement les années à venir.
Selon eux, l’édition 2026 marque une inflexion claire. Le CES continue d’exposer des produits destinés au grand public, mais il assume désormais une stratification plus lisible de ses rôles. Le salon historique reste le point d’entrée. L’Eureka Park demeure le territoire du foisonnement, des jeunes pousses et de l’expérimentation. Mais un troisième niveau s’affirme cette année avec la Fonderie, nouvel espace dédié à l’IA et à la deep tech, installé au Fontainebleau.
Cette Fonderie change la nature du regard. Elle met en scène des technologies moins visibles, souvent absentes des démonstrations spectaculaires, mais omniprésentes dans les objets et services du quotidien. Intelligence artificielle, infrastructures logicielles, couches profondes de calcul et de données, ces briques technologiques sortent de l’arrière-plan pour devenir un sujet central, à la fois dans l’exposition et dans les conférences. Pour les auteurs, c’est le signe que le CES cherche désormais à montrer non seulement ce qui se vend, mais ce qui rend possible l’innovation à venir.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, que le CES ne peut ignorer sans s’y réduire. Deboeuf-Rouchon et Tardy soulignent que le salon reste un reflet du monde, avec ses tensions commerciales, ses débats sur les chaînes d’approvisionnement et ses incertitudes politiques. Mais ils insistent sur un point. Le CES parle avant tout à des acteurs qui raisonnent en trajectoires longues. Les cycles politiques, aussi bruyants soient-ils, ne constituent qu’un paramètre parmi d’autres dans des feuilles de route technologiques qui se déploient sur dix, quinze ou vingt ans.
C’est cette temporalité qui, selon eux, donne tout son sens au fait de revenir chaque année à Las Vegas. Le CES permet d’observer comment certaines promesses s’éteignent, comment d’autres reviennent sous une forme plus mature, et comment des technologies jugées irréalistes finissent par s’imposer. Ils citent volontiers l’exemple de la traduction en temps réel ou de l’IA embarquée, longtemps cantonnées au stade du prototype avant de devenir des fonctionnalités crédibles et opérationnelles.
Dans cette lecture, le CES 2026 ne se distingue pas par une rupture spectaculaire, mais par une consolidation. Les signaux faibles des années précédentes se structurent. Les discours se déplacent du produit vers le socle technologique. L’événement devient un lieu de mise en perspective plus qu’un simple déclencheur d’effets médiatiques. Pour les journalistes, les analystes et les décideurs, le défi consiste moins à capter le bruit qu’à identifier ce qui survivra à l’enthousiasme immédiat.
Sur le terrain, cette vision se traduit par une attention particulière portée au décodage. Distinguer ce qui fait du bruit de ce qui fera l’année, comprendre les logiques sous-jacentes plutôt que les démonstrations, créer des ponts entre secteurs. Automobile, mobilité, santé, retail, industrie, les frontières s’estompent au profit de technologies transversales, souvent invisibles, mais structurantes.
À leurs yeux, le CES 2026 confirme ainsi une transformation déjà amorcée. Le salon reste un rendez-vous incontournable, non parce qu’il dit tout du futur, mais parce qu’il permet d’en suivre la construction progressive. Un futur qui ne se visite pas seulement à coups de gadgets, mais qui se lit dans les infrastructures, les architectures logicielles et les choix stratégiques des acteurs présents. Une lecture exigeante, parfois moins spectaculaire, mais plus fidèle à ce que le CES est en train de devenir.
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