Meta veut doubler la production de ses lunettes Ray-Ban dopées à l’IA

Meta accélère clairement sa stratégie autour des lunettes intelligentes dopées à l’intelligence artificielle. Selon des informations rapportées par Bloomberg, le groupe discute avec son partenaire industriel EssilorLuxottica d’un doublement de la capacité de production des lunettes Ray-Ban Meta, afin de répondre à une demande jugée bien supérieure aux attentes initiales.

Les discussions portent sur une montée en puissance rapide dès cette année, avec un objectif évoqué de 20 millions d’unités produites annuellement d’ici la fin de 2026. Les partenaires envisagent même une capacité dépassant les 30 millions d’unités si la demande continue de progresser. Aucune décision finale n’a toutefois été arrêtée à ce stade, les échanges demeurant confidentiels.

Ce projet illustre la volonté de Meta de contrôler davantage sa chaîne de valeur matérielle, en s’appuyant sur un appareil qu’elle maîtrise de bout en bout. L’enjeu est stratégique. En misant sur des lunettes intelligentes, Meta cherche à réduire sa dépendance aux téléphones intelligents conçus par des concurrents, tout en installant son assistant d’IA dans un objet du quotidien.

Le partenariat avec EssilorLuxottica offre à Meta un avantage industriel considérable. Le groupe franco-italien, propriétaire de marques comme Ray-Ban et Oakley et de réseaux de distribution mondiaux, dispose déjà d’une infrastructure capable de produire à grande échelle. Sa capacité actuelle vise environ 10 millions de paires par an à l’horizon 2026, un seuil qui pourrait être atteint plus tôt que prévu.

Les deux entreprises collaborent depuis 2019 et ont lancé leurs premières lunettes connectées Ray-Ban en 2021. Ces produits ont progressivement gagné en maturité, jusqu’à intégrer récemment des fonctions d’affichage textuel directement dans le verre, comme sur le modèle Meta Ray-Ban Display vendu 799 dollars aux États-Unis. Cette évolution marque une étape importante vers des usages plus riches et plus autonomes.

La demande semble suffisamment forte pour avoir contraint Meta à ralentir temporairement l’expansion internationale de ses nouveaux modèles, notamment au Royaume-Uni, en France, en Italie et au Canada. Lors du CES de Las Vegas, l’entreprise a évoqué une combinaison de stocks limités et d’un engouement supérieur aux prévisions. Un signal rare pour un produit matériel encore considéré, il y a peu, comme un pari de niche.

Ce dynamisme s’inscrit dans un contexte de recentrage plus large. Meta réduit simultanément ses investissements dans le métavers et la réalité virtuelle immersive, tout en supprimant des postes au sein de sa division Reality Labs. Les lunettes d’IA apparaissent désormais comme le pivot central de sa vision à moyen terme, au détriment des casques VR coûteux et peu adoptés par le grand public.

La concurrence, toutefois, s’organise. Google a noué un partenariat avec le groupe Kering pour explorer le marché des lunettes intelligentes, tandis que Apple réoriente une partie de ses efforts vers des lunettes à assistance IA après avoir freiné le développement de son casque Vision Pro. En Chine, des acteurs comme Xiaomi ou Huawei testent eux aussi l’appétit des consommateurs pour ces nouveaux formats.

Selon Counterpoint, Meta disposerait déjà d’environ 73 % de parts de marché mondiales sur le segment des lunettes intelligentes au premier semestre 2025, un marché encore modeste mais promis à une croissance annuelle de plus de 60 % jusqu’en 2029. Cette avance explique la volonté du groupe d’augmenter rapidement ses volumes pour verrouiller sa position avant que les rivaux ne s’installent.

Pour EssilorLuxottica, l’équation est plus délicate. Une montée en cadence aussi rapide implique des investissements industriels lourds et des marges initialement plus faibles que sur les lunettes traditionnelles. Les analystes estiment toutefois que l’augmentation des volumes et la baisse progressive des coûts des composants pourraient compenser ces pressions.

En toile de fond, une ambition plus large se dessine. Le patron d’EssilorLuxottica, Francesco Milleri, n’exclut pas que les lunettes intelligentes puissent, à terme, remplacer le téléphone intelligent comme interface principale avec le numérique. Une hypothèse encore lointaine, mais que Meta semble désormais vouloir transformer en réalité industrielle.

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire