Microsoft promet de payer le vrai coût énergétique de ses centres de données IA

Credit : Microsoft

Microsoft ajuste sa stratégie de déploiement de centres de données pour l’intelligence artificielle face à une contestation croissante aux États-Unis. En promettant de payer l’intégralité de ses coûts énergétiques, de renoncer aux allégements fiscaux locaux et de compenser son usage de l’eau, le géant technologique cherche à désamorcer un malaise qui s’installe dans plusieurs communautés confrontées à la hausse des factures d’électricité et à la pression sur les ressources locales.

L’initiative, baptisée « Community-First AI Infrastructure Plan », a été dévoilée mardi à Washington par Brad Smith, président et vice-président du conseil de Microsoft. Le dirigeant reconnaît que le modèle qui a prévalu jusqu’ici pour l’implantation de centres de données atteint ses limites. Selon lui, l’expansion accélérée de l’IA impose de nouvelles règles du jeu, où l’acceptabilité sociale devient aussi déterminante que la capacité technologique.

Cette annonce survient dans un contexte politique sensible. La veille, le président Donald Trump avait affirmé sur Truth Social que son administration travaillait avec des entreprises technologiques afin de s’assurer que les Américains ne subventionnent pas indirectement la consommation énergétique des centres de données. Microsoft était explicitement cité comme le premier acteur à s’engager dans cette voie, même si l’entreprise précise que sa réflexion était amorcée depuis l’automne dernier.

La pression s’est intensifiée dans plusieurs régions devenues des pôles majeurs de centres de données, notamment en Virginie, en Illinois et en Ohio. Dans ces États, les prix de l’électricité résidentielle ont augmenté plus rapidement que la moyenne nationale au cours de la dernière année, alors que les réseaux tentaient d’absorber la demande de nouvelles installations énergivores. Cette situation a attiré l’attention du Congrès, où des élus démocrates ont ouvert une enquête sur l’impact réel des géants technologiques sur les factures des ménages.

Microsoft n’est pas seule à investir massivement dans l’infrastructure de l’IA. Amazon, Google, OpenAI et Meta misent collectivement des centaines de milliards de dollars pour soutenir leurs ambitions. Mais cette course repose sur l’acceptation des collectivités locales, de plus en plus sensibles aux compromis imposés par ces projets.

Pour Microsoft, le changement est notable. L’entreprise a longtemps bénéficié d’exonérations fiscales pour ses centres de données et a parfois opéré sous couvert de clauses de confidentialité lors de l’acquisition de terrains. Brad Smith admet que ces pratiques, conçues pour préserver un avantage concurrentiel, ont aussi nourri la méfiance. Il promet désormais davantage de transparence et affirme que la réussite à long terme passera par des relations plus équilibrées avec les communautés d’accueil.

Sur le plan concret, l’engagement phare concerne l’électricité. Microsoft s’engage à collaborer avec les services publics et les autorités réglementaires afin que ses besoins énergétiques ne se traduisent pas par des coûts supplémentaires pour les clients résidentiels. Le modèle évoqué est celui de tarifs spécifiques pour les très grands consommateurs, où les centres de données assument aussi le financement des mises à niveau du réseau nécessaires à leur fonctionnement.

L’entreprise annonce également vouloir améliorer de 40 % son efficacité hydrique d’ici 2030 et restituer davantage d’eau qu’elle n’en consomme dans chaque bassin où elle est implantée. À cela s’ajoutent des investissements dans la formation professionnelle, des partenariats avec les syndicats du bâtiment, des programmes éducatifs autour de l’IA et la création de comités consultatifs locaux. Microsoft promet enfin de payer l’intégralité des taxes foncières sans solliciter d’avantages municipaux.

Reste la question de l’exécution. Microsoft n’a pas chiffré le coût précis de ces engagements, distincts de ses dépenses en capital qui ont frôlé les 35 milliards de dollars au dernier trimestre fiscal. Brad Smith assure toutefois que des ressources internes sont déjà mobilisées pour concrétiser ce virage, qu’il présente comme une condition essentielle à la poursuite de l’expansion de l’IA.

En toile de fond, le débat sur les incitatifs publics demeure. Si Microsoft se dit favorable à un appui fédéral pour accélérer les permis et l’accès aux terrains, l’entreprise trace une ligne claire lorsqu’il s’agit de subventions énergétiques. Pour elle, l’électricité, l’eau et la formation relèvent avant tout d’enjeux locaux. Un message qui pourrait faire école, alors que l’industrie est appelée à relever la barre pour conserver sa légitimité sociale à l’ère de l’IA à grande échelle.

Source : Geekwire

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