
La mairie de New York a enclenché une dynamique qui commence à faire réagir les géants du numérique. Sans afficher officiellement une doctrine de souveraineté numérique, la métropole multiplie depuis deux ans les initiatives visant à réduire sa dépendance aux grandes plateformes et à reprendre la main sur ses données, ses infrastructures et ses usages technologiques.
Face à des relations de plus en plus tendues avec les géants du numérique, la ville avance de manière progressive. Il ne s’agit pas d’un programme unique, mais d’un ensemble de mesures législatives, réglementaires et organisationnelles qui, mises bout à bout, dessinent une stratégie cohérente d’autonomie numérique à l’échelle locale.
Le New York Privacy Act constitue l’élément central de cette approche. En cours d’adoption, ce texte ambitionne de créer l’un des cadres de protection des données personnelles les plus stricts aux États Unis. Il s’appliquerait à toute entreprise, américaine ou étrangère, qui mène une activité commerciale à New York. Consentement préalable avant tout traitement de données, transparence sur leur collecte et leur utilisation, droit de correction et de suppression pour les consommateurs, aucune entreprise ne serait exemptée.
À ce socle juridique s’ajoutent des règles plus opérationnelles. New York a approuvé une norme limitant l’achat de certaines technologies par les administrations locales lorsque celles ci présentent des risques pour la cybersécurité. Sont notamment visés des ordinateurs, des composants et des systèmes d’information, avec l’objectif de réduire les vulnérabilités liées aux chaînes d’approvisionnement technologiques.
La ville s’est aussi dotée d’un bureau municipal dédié aux actifs numériques et à la blockchain. Créée l’an dernier, cette structure vise à coordonner les initiatives en matière de gouvernance technologique, à encadrer l’utilisation de la blockchain dans les services municipaux et à promouvoir des usages jugés responsables de ces technologies émergentes.
La protection des données personnelles s’étend également aux publics les plus vulnérables. Entré en vigueur à la fin de 2025, le New York Child Data Protection Act renforce la protection des moins de 18 ans. Il met fin au ciblage publicitaire à leur intention, interdit le recours aux mécanismes de manipulation de l’attention et impose par défaut des paramètres de confidentialité renforcés pour les comptes de mineurs. Les sanctions, appliquées par le procureur général de l’État, peuvent atteindre 5 000 dollars US par infraction.
Dans le domaine de la santé, le New York Health Information Privacy Act, adopté en 2024 et renforcé en 2025, élargit la protection des données médicales. Il reconnaît notamment le droit à la suppression de ces informations et interdit leur vente sans autorisation explicite des personnes concernées.
À l’échelle de l’État, la gouverneure Kathy Hochul a proposé, dans son agenda State of the State 2026, la création d’un Office of Digital Innovation, Governance, Integrity & Trust, connu sous l’acronyme DIGIT. Cette future entité serait chargée de coordonner les politiques numériques, de superviser la cybersécurité et de renforcer la confiance dans les usages technologiques.
Cette orientation s’inscrit dans une continuité politique. Le mouvement a été amorcé sous le mandat de l’ancien maire Eric Adams et devrait s’accélérer avec son successeur, Zohran Mamdani, entré en fonction le 1er janvier 2026. La nomination de Lina Khan, figure emblématique de la critique des grandes plateformes, à la tête de l’équipe de transition municipale, renforce encore ce signal.
En cumulant ces décisions, New York trace une trajectoire singulière aux États Unis. Une approche pragmatique, construite par empilement de lois et de structures, qui pourrait servir de référence à d’autres grandes villes cherchant à limiter leur dépendance aux acteurs dominants du numérique.
Source : New York Privacy Act, New York child data protection act
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