Comment l’ICE sait déjà qui sont les manifestants de Minneapolis

À Minneapolis, la présence renforcée de l’Immigration and Customs Enforcement, l’ICE, s’accompagne d’un déploiement technologique d’une ampleur inédite. Selon des responsables actuels et anciens du Department of Homeland Security, les agents fédéraux utilisent la reconnaissance faciale, la surveillance des réseaux sociaux et des bases de données massives pour identifier non seulement des personnes sans statut légal, mais aussi des citoyens américains impliqués dans des actions de protestation.

Le 10 janvier, Nicole Cleland, bénévole d’un groupe local qui observe les opérations de l’ICE, a été interpellée par un agent alors qu’elle suivait son véhicule à Richfield, au sud de Minneapolis. Sans l’avoir rencontrée auparavant, l’agent l’a appelée par son prénom et lui a indiqué qu’il utilisait la reconnaissance faciale, avec une caméra corporelle activée. Selon les militants locaux, au moins sept citoyens ont reçu des avertissements similaires ces dernières semaines, sans avoir donné leur consentement.

La reconnaissance faciale n’est qu’un élément d’un arsenal plus large. D’après ces mêmes sources, l’ICE utilise au Minnesota deux programmes distincts, dont l’un fourni par Clearview AI et un autre, plus récent, connu sous le nom de Mobile Fortify. Les agents s’appuient aussi sur des outils de suivi des téléphones cellulaires et d’analyse de l’activité en ligne, ainsi que sur une base de données développée par Palantir, qui croise des informations gouvernementales et commerciales pour localiser des individus en temps réel.

Pour des juristes spécialisés en libertés civiles, l’addition de ces technologies change la nature des opérations. Nathan Freed Wessler, avocat à l’American Civil Liberties Union, estime que leur combinaison donne à l’État des capacités de surveillance sans précédent. L’ACLU a engagé des poursuites contre le Department of Homeland Security pour contester ces pratiques à Minneapolis.

L’administration fédérale reste discrète sur ses méthodes. Une porte-parole du Department of Homeland Security affirme que l’agence ne détaillera pas les technologies employées, rappelant que les forces de l’ordre américaines ont recours depuis longtemps à l’innovation pour lutter contre le crime. Des élus démocrates, dont les sénateurs Edward Markey, Chris Van Hollen et Adam Schiff, ont néanmoins demandé à l’ICE de suspendre l’usage de la reconnaissance faciale dans les villes américaines.

Cette montée en puissance technologique s’explique aussi par les moyens financiers. En juillet, le président Donald Trump a signé un budget portant les ressources annuelles de l’ICE à environ 28 milliards de dollars, contre 8 milliards auparavant. Une partie de ces fonds a servi à financer des contrats technologiques majeurs, dont un système basé sur l’intelligence artificielle confié à Palantir pour aider à l’identification et au suivi des personnes visées par des procédures de renvoi.

Le Department of Homeland Security a également investi dans des outils de surveillance des réseaux sociaux et des téléphones, développés notamment par Paragon et Penlink. Ces logiciels permettent de collecter des données publiques, issues de courtiers en information, et de constituer des profils détaillés de personnes disposant d’un compte sur les plateformes sociales.

Les conséquences concrètes de cette surveillance inquiètent. Trois jours après son interaction avec un agent, Nicole Cleland a reçu un courriel l’informant que ses privilèges de voyage Global Entry et TSA PreCheck étaient révoqués, sans explication. Elle a depuis rejoint une action en justice devant un tribunal fédéral du Minnesota, cherchant à comprendre l’étendue des pouvoirs de l’ICE et les recours possibles pour les citoyens observant ou contestant ses opérations.

À Minneapolis, l’affaire met en lumière un débat plus large sur l’équilibre entre sécurité, contrôle migratoire et droits civiques, à l’heure où les technologies de surveillance deviennent centrales dans l’action des forces de l’ordre américaines.

Source : NY Times

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