WorkTok : la vie de bureau devient un feuilleton pour la génération Z

Le réveil sonne, le café coule, le métro file vers le centre-ville. Sur TikTok et Instagram, ces gestes anodins rassemblent désormais des millions de vues. Sous les mots-clics #corporatelife, #dayinmylife ou #9to5, des jeunes employés filment leur quotidien au bureau. Ce sous-genre, que plusieurs appellent WorkTok, attire particulièrement la génération Z, curieuse de découvrir les codes du monde professionnel.

Selon le Financial Times, le mot-clic #corporatelife dépasse les deux millions de publications sur TikTok. Certaines créatrices cumulent des centaines de milliers d’abonnés. À Londres, Jemima Grace, 28 ans, consultante en gestion, explique que ses vidéos « performent mieux » que ses autres contenus. Elle dit avoir commencé à filmer pour retrouver confiance après la pandémie et se motiver à retourner au bureau. Deux ans plus tard, elle totalise plus de 500 000 abonnés et certaines de ses vidéos ont été vues jusqu’à six millions de fois.

Le format est simple. Arrivée au bureau, ouverture de l’ordinateur, réunion virtuelle, pause déjeuner, tenue du jour. Rien de spectaculaire. Pourtant, ces scènes répondent à une demande. « Je n’avais aucune idée de la manière de naviguer dans le processus de candidature », raconte Claudia Zhu, 28 ans, suivie par plus de 300 000 personnes sur TikTok. Elle dit vouloir montrer que certains métiers existent et sont accessibles, surtout pour ceux qui n’ont pas de modèles dans leur entourage.

Pour plusieurs créateurs, filmer transforme la perception du quotidien. Zhu admet que la mise en scène aide à « romantiser » des tâches ordinaires. La caméra, la musique et le montage donnent une nouvelle valeur à une routine parfois jugée monotone. Dans un marché de l’emploi instable, cette représentation d’un travail stable, avec salaire et horaires réguliers, rassure une partie du public.

Les employeurs observent le phénomène avec intérêt, mais aussi prudence. D’un côté, le contenu généré par les employés est perçu comme plus authentique que les communications institutionnelles. Un rapport 2025 d’Edelman cité par le Financial Times indique que 63 pour cent des consommateurs font davantage confiance aux employés qu’aux dirigeants ou aux journalistes pour parler d’une marque. De l’autre, les risques sont réels. Une employée d’un magasin à l’aéroport de Los Angeles a été congédiée après avoir publié une vidéo révélant des procédures de sécurité internes. L’épisode rappelle que la frontière entre partage personnel et information sensible peut être mince.

Pour les jeunes internautes, ces vidéos répondent aussi à une fatigue face aux modes de vie luxueux souvent mis en avant par les influenceurs. « Les gens prennent un certain réconfort à voir quelqu’un avec un travail neuf à cinq », affirme Zhu. Dans un contexte économique incertain, WorkTok met en scène une normalité professionnelle qui, paradoxalement, devient un objet de fascination.

Mais l’exposition n’est pas sans conséquences. Les créateurs reçoivent aussi des commentaires hostiles, certains critiquant leur apparence ou leur choix de carrière. Malgré tout, plusieurs continuent. « La vérité, c’est que la plupart des gens ont un emploi régulier de neuf à cinq », résume Jemima Grace. Sur les réseaux sociaux, cette banalité est devenue un spectacle à part entière.

Source : Financial Times

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire