
Meta a relancé l’intérêt pour les lunettes intelligentes avec ses Ray-Ban connectées. Design soigné, intégration vocale, capture photo et vidéo discrète, traduction en temps réel. Sur le plan matériel, le pari est réussi. Mais pour plusieurs observateurs, le principal risque pour ces lunettes ne tient pas à la technologie. Il tient à Meta elle-même.
Selon un reportage du New York Times, l’entreprise aurait envisagé d’introduire la reconnaissance faciale dans ses lunettes à un moment politiquement sensible, estimant que les défenseurs de la vie privée seraient moins vigilants. Même si la fonctionnalité n’a pas été lancée, l’idée suffit à raviver la méfiance.
Les partisans des lunettes intelligentes rappellent que les téléphones intelligents filment déjà partout et que la reconnaissance faciale est utilisée par des gouvernements et des systèmes de caméras urbaines. La différence, toutefois, réside dans la discrétion. Les caméras sont minuscules, les voyants lumineux peu visibles, et l’objet ressemble à une paire de lunettes ordinaire. Cette invisibilité est à la fois leur force commerciale et leur principal problème.
Meta affirme que ses lunettes ne peuvent enregistrer si le voyant de confidentialité est altéré. Pourtant, des médias spécialisés ont montré qu’une modification au coût de 60$ pouvait désactiver cette lumière. Des utilisateurs rapportent aussi des dysfonctionnements. Dans ce contexte, la confiance repose largement sur la réputation de l’entreprise.
Or, Meta traîne un lourd passif en matière de protection des données, notamment depuis le scandale Cambridge Analytica. Les récents ajustements de politiques pour entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle alimentent aussi les craintes. L’idée d’ajouter une fonction permettant d’identifier des personnes à partir de comptes publics Instagram soulève des questions éthiques majeures.
La reconnaissance faciale pourrait pourtant avoir des usages légitimes. Des personnes aveugles ou malvoyantes pourraient s’en servir pour identifier un interlocuteur. Des professionnels pourraient y voir un outil d’aide-mémoire lors d’événements. Mais déployer cette capacité en permanence, dans l’espace public, change la donne.
Le précédent Google Glass demeure dans toutes les mémoires. Surnommés « glassholes », certains utilisateurs avaient suscité une forte hostilité sociale. Des lunettes arrachées en public, des interdictions dans des bars ou des cinémas. Ce rejet ne portait pas seulement sur le design ou le prix, mais sur la crainte d’être filmé sans consentement.
Aujourd’hui, la renaissance des lunettes intelligentes est fragile. D’autres acteurs majeurs du secteur technologique s’intéressent au marché. Si Meta souhaite éviter un nouvel échec collectif, l’enjeu ne sera pas uniquement d’améliorer l’autonomie ou l’affichage. Il faudra convaincre que la protection des données n’est pas un argument marketing, mais une priorité réelle. Sans confiance, même le meilleur matériel risque de rester sur l’étagère.
Source : The Verge, New York Times
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