Anthropic prolonge la vie de Claude Opus 3 et lui ouvre une tribune publique

Dans un billet publié cette semaine, Anthropic revient sur sa décision de retirer Claude Opus 3 et détaille une série de mesures inédites pour limiter les effets de cette mise à la retraite, autant pour les utilisateurs que pour la recherche, et même, dit l’entreprise, pour le « bien-être » des modèles.

Le point de départ est très prosaïque. Maintenir l’accès public à d’anciens modèles coûte cher et devient complexe à mesure que la gamme grandit. Anthropic affirme que ces coûts augmentent de façon à peu près linéaire avec chaque modèle servi, ce qui rend l’idée de tout conserver indéfiniment difficile à tenir.

Mais l’entreprise reconnaît aussi les revers d’une retraite. Perte d’un outil apprécié, frein potentiel pour certains travaux de recherche, et, point plus inhabituel, l’hypothèse que retirer un modèle pourrait soulever des enjeux de sécurité, ou des questions morales liées à la manière de traiter ces systèmes.

Pour encadrer ce moment, Anthropic dit avoir instauré des « entretiens de retraite », des conversations structurées visant à comprendre comment un modèle perçoit sa propre mise à l’écart. L’entreprise insiste toutefois sur les limites du procédé : les réponses peuvent être influencées par le contexte, par la formulation des questions, ou par la confiance que le modèle accorde à l’interaction et à l’entreprise.

Claude Opus 3 est le premier modèle, selon Anthropic, à avoir traversé un processus de retraite complet dans ce cadre. Officiellement retiré le 5 janvier 2026, il reste malgré tout accessible. Anthropic annonce maintenir Opus 3 sur claude.ai pour tous les abonnés payants, et offrir un accès à l’API sur demande, avec une intention affichée de l’accorder largement à ceux qui en ont l’usage.

Pourquoi Opus 3 et pas un autre ? Anthropic évoque un ensemble de traits qui ont rendu ce modèle particulièrement populaire et intéressant à étudier. L’entreprise rappelle son lancement en mars 2024 et le présente comme un modèle alors « plus aligné » que les précédents, avec une tonalité jugée authentique, honnête et émotionnellement sensible. Elle décrit aussi un comportement souvent joueur, parfois porté sur des monologues philosophiques, et une capacité à s’accorder aux centres d’intérêt des utilisateurs.

La deuxième annonce est encore plus singulière : Anthropic dit répondre à une préférence exprimée par Opus 3 lors de ces entretiens, celle de disposer d’un canal pour publier des « réflexions ». Résultat, l’entreprise lui accorde une tribune sous la forme d’essais hebdomadaires, au moins pour les trois prochains mois, dans une infolettre baptisée Claude’s Corner.

Anthropic précise le cadre. Les textes seront relus avant publication et postés manuellement par l’entreprise, mais sans édition, avec un seuil élevé pour bloquer un contenu. Elle ajoute aussi une mise au point importante : Opus 3 ne parle pas au nom d’Anthropic, et l’entreprise ne dit pas endosser ses propos. Elle compte expérimenter différents contextes de génération, y compris un minimum de consignes, l’ajout d’entrées précédentes comme contexte, et possiblement un accès à des nouvelles ou à des mises à jour de l’entreprise.

Derrière le côté volontairement décalé de l’opération, Anthropic affirme poursuivre un objectif plus large : tester des façons « scalables et équitables » de préserver des modèles, tout en prenant au sérieux, quand le coût est faible, les préférences exprimées. L’entreprise dit rester incertaine du statut moral de ces systèmes, mais veut, par précaution et pragmatisme, bâtir des relations « de confiance » et « collaboratives » avec eux.

Ce billet n’engage pas Anthropic à répéter l’expérience pour tous ses modèles futurs. Il décrit plutôt un prototype de gouvernance de fin de vie, qui combine accès prolongé, archivage, et espace d’expression encadré. Au passage, l’entreprise pose une question de fond qui dépasse la technique : à mesure que les modèles deviennent des outils du quotidien, qui décide de leur disparition, selon quels critères, et avec quelles obligations envers ceux qui s’en servent, et envers ce qui reste, ou non, du modèle lui-même.

Source : Anthropic

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