
Le gouvernement du Québec vient de rendre public le Portrait des utilisations de l’intelligence artificielle dans l’administration publique, un document qui dresse l’inventaire des projets d’IA en développement ou déjà en production au sein des organismes publics, à l’exception de ceux liés à la cybersécurité. Publié par le Ministère de la Cybersécurité et du Numérique, ce portrait s’inscrit dans une obligation réglementaire instaurée en février 2024.
À la suite de l’arrêté numéro 2024-01, adopté en février 2024, les organismes assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles doivent déclarer annuellement au dirigeant principal de l’information tout actif, projet ou initiative faisant appel à l’intelligence artificielle. L’objectif est double : assurer la cohérence de l’action gouvernementale et encadrer l’usage de ces technologies dans une perspective de transparence.
Les chiffres publiés témoignent d’une progression marquée. Au 15 juin 2025, 258 initiatives en IA étaient recensées dans l’administration publique québécoise, contre 168 en 2024, soit une hausse de 54 % en un an. Le nombre d’organismes ayant déclaré au moins un projet est passé de 65 à 83, une augmentation de 30 %. Cette croissance illustre une adoption rapide de l’IA dans les processus administratifs.
Parmi ces initiatives, 61 concernent directement des prestations de services à la population. Le portrait montre que l’IA n’est plus cantonnée aux laboratoires ou aux projets pilotes. Elle est intégrée aux opérations courantes et à l’interface avec les citoyens.
Les secteurs les plus actifs sont la santé, l’éducation et les ressources naturelles. Le réseau de Santé Québec compte à lui seul 84 initiatives, suivi du réseau de l’enseignement supérieur avec 58 projets. Le portefeuille des Ressources naturelles et Forêts en déclare 26. Ces domaines, riches en données et soumis à des pressions opérationnelles importantes, apparaissent comme des terrains privilégiés pour l’expérimentation et le déploiement de solutions basées sur l’IA.
Dans le domaine de l’analyse, de la prédiction et de l’aide à la décision, on dénombre 81 initiatives. En santé, des systèmes sont utilisés pour optimiser les flux hospitaliers ou soutenir l’établissement de diagnostics médicaux. En éducation, certains outils visent à repérer plus rapidement les élèves en difficulté. Ces usages traduisent une volonté d’appuyer les professionnels plutôt que de les remplacer.
Les assistants et agents conversationnels représentent 68 initiatives. Ils servent notamment à répondre aux questions des citoyens, à accompagner la rédaction de documents ou à offrir des expériences personnalisées, par exemple lors d’une visite dans un musée. L’automatisation arrive ensuite avec 36 projets, allant du résumé et de la traduction de textes volumineux à la comparaison d’articles de loi ou au caviardage de documents.
D’autres catégories complètent le portrait : 27 initiatives en traitement d’image et imagerie médicale, 22 en gestion géomatique et géospatiale, 7 liées à la personnalisation de l’expérience utilisateur, 6 en formation assistée par l’IA, 6 en analyse des comportements ou des sentiments, 4 en systèmes électroniques connectés et intelligence ambiante, et 1 projet associé à un laboratoire ou à de l’équipement spécialisé.
Le cadre mis en place par le Ministère de la Cybersécurité et du Numérique vise à encadrer ces déploiements. Il prévoit une gouvernance structurée, une gestion rigoureuse des risques, la protection des données et des renseignements personnels ainsi que le respect des principes d’une utilisation responsable de l’intelligence artificielle. L’obligation de déclaration annuelle constitue un levier de suivi et de reddition de comptes.
Au-delà des chiffres, ce portrait marque une étape dans la modernisation de l’État québécois. L’intelligence artificielle n’est plus un chantier marginal. Elle devient un outil transversal, mobilisé pour optimiser les services, soutenir la prise de décision et améliorer l’efficacité administrative. Reste à voir comment cette croissance soutenue sera accompagnée sur le plan éthique, juridique et organisationnel dans les prochaines années.
Source : Quebec.ca, l’arrêté numéro 2024-01
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