Impôts et IA : xAI suggère Grok, les experts fiscaux disent non

À l’approche de la date limite pour produire sa déclaration de revenus, certains pourraient être tentés de confier la tâche à un robot conversationnel. L’idée circule depuis qu’un dirigeant de xAI a publiquement suggéré d’utiliser Grok pour vérifier une déclaration fiscale. Mais des spécialistes de la fiscalité mettent rapidement les contribuables en garde : l’IA n’est pas un comptable agréé.

C’est James Burnham, conseiller juridique et responsable des affaires publiques de xAI, qui a lancé l’idée dans un message publié sur le réseau social X. Il affirmait qu’un ami avait demandé à Grok de vérifier une déclaration préparée avec TurboTax et que l’outil aurait permis d’augmenter le remboursement d’impôt de 1 400 dollars. Devant les réactions, il a ensuite ajouté un avertissement précisant que Grok ne devait pas être considéré comme un conseil fiscal.

L’idée peut sembler plausible. Les entreprises d’IA affirment que leurs modèles sont capables de rédiger du code, d’analyser des documents ou d’assister dans des tâches administratives complexes. Plusieurs sociétés spécialisées en fiscalité expérimentent d’ailleurs déjà des assistants alimentés par l’IA pour répondre à certaines questions des contribuables.

Mais pour les experts du domaine, il existe une différence majeure entre un assistant d’information et un outil capable de produire une déclaration fiscale fiable. Joel Salas, propriétaire du cabinet Elevated Tax Strategies, estime qu’utiliser un robot conversationnel généraliste pour préparer ou vérifier une déclaration n’est tout simplement pas une bonne idée. Selon lui, la complexité du système fiscal exige des outils conçus spécifiquement pour cette tâche.

La question de la précision est l’un des principaux problèmes. Des tests menés par le New York Times ont soumis plusieurs robots conversationnels à des scénarios fiscaux élaborés par l’entreprise TaxSlayer. Résultat : les systèmes d’IA ont commis des erreurs importantes, avec des écarts moyens dépassant 2 000 dollars dans les montants de remboursement ou d’impôt à payer.

Un autre test, TaxCalcBench, conçu pour mesurer la capacité des modèles d’IA à calculer des déclarations fiscales complètes, montre que la plupart des systèmes ne dépassent pas 50 % de précision. Autrement dit, ils se trompent dans plus de la moitié des cas lorsqu’ils doivent traiter une déclaration complète.

Au-delà de la précision, les spécialistes soulignent aussi les risques liés à la confidentialité. Les documents fiscaux contiennent des informations sensibles comme le revenu, le numéro d’assurance sociale ou des données bancaires. Transmettre ces informations à un robot conversationnel peut exposer les contribuables à des risques de confidentialité si les données sont conservées ou utilisées pour entraîner les modèles.

Des chercheurs de l’Université Stanford ont déjà montré que plusieurs plateformes d’IA réutilisent les conversations des utilisateurs pour améliorer leurs systèmes, à moins que l’utilisateur ne désactive explicitement cette option. Dans certains cas, des discussions contenant des informations personnelles ont même été rendues visibles par erreur sur des plateformes publiques.

Pour les experts, l’IA peut néanmoins jouer un rôle utile dans le processus fiscal. Elle peut servir à expliquer des règles, à résumer des documents ou à créer des listes de vérification pour éviter les erreurs fréquentes. Mais lorsqu’il s’agit de produire une déclaration officielle, les spécialistes recommandent d’utiliser des logiciels conçus pour la fiscalité ou de consulter un professionnel.

Même Grok lui-même semble reconnaître cette limite. Interrogé par des internautes sur sa capacité à faire une déclaration fiscale complète, le robot conversationnel a répondu qu’il n’était pas un logiciel fiscal ni un professionnel agréé, et qu’il ne devait pas être utilisé seul pour produire une déclaration.

En matière d’impôts, la conclusion des spécialistes est simple : l’intelligence artificielle peut aider à comprendre certaines règles, mais elle ne remplace pas les outils certifiés ni l’expertise humaine lorsqu’il s’agit de calculer et produire une déclaration officielle.

Source : Gizmodo, NYTimes

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