IA grand public : la bataille pour devenir l’assistant universel s’intensifie

Trois ans après la première édition de son classement, l’analyste Olivia Moore publie une nouvelle version du Top 100 des applications d’intelligence artificielle générative destinées au grand public. L’objectif reste le même : mesurer quels outils sont réellement utilisés par les internautes. Mais le paysage a profondément changé. En 2023, quelques entreprises « AI-first » dominaient l’écosystème. En 2026, l’IA s’est intégrée à une multitude de produits déjà populaires.

Selon cette sixième édition, ChatGPT demeure largement en tête. L’assistant d’OpenAI compterait environ 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires, soit plus de 10 % de la population mondiale. Sur le web comme sur mobile, l’écart reste important avec les concurrents. En termes de trafic, ChatGPT est environ 2,7 fois plus utilisé que Gemini de Google sur le web et 2,5 fois plus sur mobile. Malgré cette avance, la concurrence s’intensifie rapidement.

Gemini et Claude, l’assistant développé par Anthropic, enregistrent en effet une forte croissance. Selon les données citées par Moore, le nombre d’abonnés payants de Claude aurait progressé de plus de 200 % en un an aux États-Unis, tandis que Gemini afficherait une hausse de 258 %. Une autre tendance apparaît également : l’utilisation simultanée de plusieurs assistants. Environ 20 % des utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT utiliseraient aussi Gemini au cours de la même semaine.

Derrière cette compétition se joue un enjeu stratégique majeur : devenir l’interface principale entre les internautes et le web. OpenAI mise notamment sur un écosystème d’applications et de services intégrés. La plateforme propose déjà plus de 220 applications connectées couvrant treize catégories, allant du voyage à la santé ou au commerce en ligne. L’objectif affiché est de transformer l’assistant en véritable « super-application » capable de gérer les achats, les réservations ou la recherche d’information.

Anthropic adopte une stratégie différente. L’entreprise cible davantage les professionnels et les développeurs. Ses intégrations se concentrent sur des outils de travail et de données comme Snowflake, Databricks, FactSet ou PubMed. L’idée est de créer un environnement puissant pour les travailleurs du savoir, prêts à payer pour des outils spécialisés et performants.

L’étude souligne également une fragmentation géographique du marché. Les assistants occidentaux comme ChatGPT, Claude, Gemini ou Perplexity dominent dans les mêmes pays, notamment les États-Unis, l’Inde, le Brésil ou le Royaume-Uni. En Chine et en Russie, l’écosystème est largement distinct en raison des restrictions politiques et réglementaires. Des produits locaux comme Doubao, Kimi ou GigaChat occupent l’espace laissé vacant par les services occidentaux.

Une autre évolution concerne les outils créatifs. Les premiers succès de l’IA générative reposaient surtout sur la génération d’images. Aujourd’hui, les usages se déplacent vers la vidéo, la musique et la voix. Des services comme Suno pour la musique ou ElevenLabs pour la synthèse vocale continuent de progresser. Les générateurs d’images indépendants restent présents, mais ils subissent la concurrence directe des modèles intégrés dans ChatGPT ou Gemini.

Le rapport met aussi en évidence la montée de l’IA dite « agentique ». Contrairement aux assistants conversationnels classiques, ces systèmes peuvent exécuter des tâches complètes pour l’utilisateur. Des outils comme Manus ou Genspark permettent déjà de confier à l’IA des projets entiers, par exemple analyser des données, préparer une présentation ou effectuer une recherche approfondie. Le projet OpenClaw, un agent open source capable d’interagir avec des applications de messagerie et d’exécuter des actions automatiquement, illustre cette nouvelle génération.

Enfin, l’IA s’étend désormais au-delà des applications traditionnelles. Les navigateurs web deviennent eux-mêmes des plateformes d’intelligence artificielle. OpenAI a lancé le navigateur Atlas intégrant ChatGPT, tandis que Perplexity propose Comet. Google, de son côté, intègre Gemini directement dans Chrome et dans l’ensemble de ses services Workspace.

Cette évolution pose un défi méthodologique pour les analystes. Une part croissante de l’utilisation de l’IA ne passe plus par un site web ou une application mobile identifiable. Les assistants sont intégrés dans les navigateurs, les outils de travail ou les systèmes d’exploitation. Autrement dit, l’IA devient progressivement une couche invisible du logiciel plutôt qu’un produit autonome.

Pour Olivia Moore, cette transformation marque le début d’une nouvelle phase du marché. La question n’est plus seulement de savoir quelle application d’IA domine aujourd’hui, mais quel acteur réussira à devenir l’environnement numérique central de la vie quotidienne. L’issue pourrait ressembler moins à la domination quasi totale d’un moteur de recherche qu’à la coexistence de plusieurs plateformes majeures, comparables aux systèmes d’exploitation mobiles actuels.

Source : a16z

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