
L’intelligence artificielle entre dans une nouvelle phase. Après les robots conversationnels capables de répondre aux questions, place désormais à des systèmes capables d’agir. Cette évolution, appelée IA agentique, marque un basculement majeur : il ne s’agit plus seulement de suggérer, mais d’exécuter des tâches, du paiement d’un billet d’avion à la gestion complète d’un service.
Dans cette course, la Chine accélère nettement. Des géants comme Alibaba, Tencent et Baidu, ainsi qu’un écosystème dynamique de jeunes pousses, multiplient les initiatives pour intégrer ces agents dans les usages quotidiens. L’outil à code source ouvert OpenClaw, conçu par l’Autrichien Peter Steinberger, connaît par exemple une adoption rapide auprès d’utilisateurs chinois qui délèguent déjà certaines tâches numériques à l’IA.
Cette dynamique est soutenue par les autorités locales, qui financent des projets pilotes et facilitent l’accès aux infrastructures. Baidu a même intégré ces capacités dans son moteur de recherche, exposant plus de 700 millions d’utilisateurs mensuels à ces nouveaux usages. De son côté, Alibaba vient de lancer Wukong, une plateforme destinée aux entreprises pour coordonner plusieurs agents dans des processus automatisés.
L’un des avantages clés de la Chine repose sur son écosystème numérique intégré. Les super applications combinent déjà paiements, commerce, messagerie et logistique. Cette intégration permet aux agents d’agir de bout en bout, sans friction. Là où une IA occidentale recommande une action, une IA chinoise peut souvent la réaliser immédiatement.
Ce modèle crée un effet de levier économique important. Plus les agents sont utilisés, plus ils génèrent d’activité sur les plateformes et de demande en puissance de calcul. L’IA devient alors un service continu, monétisé à l’usage, chaque tâche exécutée représentant une unité de valeur. Une transformation qui pourrait redéfinir les modèles économiques du numérique.
Mais cette avancée s’accompagne de risques. Les agents restent imparfaits, sujets aux erreurs d’interprétation et aux failles de sécurité. Leur accès aux comptes, aux paiements ou aux données personnelles soulève des enjeux concrets : transactions non autorisées, fuites d’information, ou décisions mal exécutées. Les questions de responsabilité juridique et de conformité, notamment dans la finance ou la santé, restent largement ouvertes.
Face à cette montée en puissance, les États-Unis et l’Europe apparaissent plus fragmentés. Les différents composants nécessaires à l’IA, modèles, cloud, services, paiements, sont répartis entre plusieurs acteurs, compliquant l’intégration. Résultat, le déploiement à grande échelle des agents y est plus lent. Jusqu’ici, la compétition mondiale en intelligence artificielle reposait surtout sur la performance des modèles. Mais avec l’IA agentique, la capacité à agir dans le monde réel devient déterminante. Et sur ce terrain, la Chine pourrait déjà avoir pris une avance significative.
Source : Financial Times
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