L’IA générative s’impose au Québec, entre adoption massive et inquiétudes persistantes

L’intelligence artificielle générative a franchi un cap au Québec en 2025. La plus récente édition du rapport Netendances confirme qu’en l’espace d’un an, son adoption a connu une progression spectaculaire, passant de 33 % à 52 % des internautes québécois. Autrement dit, près d’un adulte sur deux dans la province a déjà utilisé ces outils, confirmant leur entrée dans les usages courants du numérique.

Cette croissance ne se limite pas au nombre d’utilisateurs. Elle se traduit aussi par une intensification des usages. Plus d’une personne sur deux parmi les utilisateurs affirme recourir à l’IA au moins une fois par semaine, contre 38 % l’année précédente. Ce basculement marque un changement de posture : l’IA n’est plus une curiosité technologique, mais un outil du quotidien, intégré dans les habitudes de travail, d’apprentissage et de consommation d’information.

Cette adoption rapide s’explique notamment par une accessibilité accrue. L’IA est désormais intégrée dans des outils déjà utilisés par le grand public, comme les moteurs de recherche ou les suites bureautiques. Elle est aussi omniprésente dans l’espace médiatique et social, ce qui alimente un effet d’entraînement. L’exposition répétée à ces technologies contribue à leur banalisation et à leur adoption progressive par un public toujours plus large.

Dans cet écosystème, un acteur domine largement : ChatGPT. L’outil est utilisé par 84 % des utilisateurs d’IA générative au Québec, loin devant ses concurrents comme Copilot ou Gemini. À lui seul, il concentre près de la moitié des usages exclusifs, ce qui témoigne d’un marché encore fortement polarisé autour d’une plateforme dominante.

Les usages se déploient principalement dans la sphère personnelle, mais gagnent du terrain dans les études et le monde du travail. Chez les étudiants, l’IA générative est désormais utilisée par 74 % d’entre eux dans leur parcours scolaire, une hausse marquée par rapport à 2024. Dans le milieu professionnel, près d’un utilisateur sur deux y a recours, souvent sans cadre clair établi par l’employeur.

Cette absence d’encadrement est révélatrice d’un décalage entre la vitesse d’adoption des technologies et la capacité des organisations à les réguler. Près d’un travailleur sur deux évolue dans un environnement où l’usage de l’IA est soit toléré sans balises, soit tout simplement ignoré par la direction. Cette zone grise laisse place à des pratiques hétérogènes, parfois efficaces, parfois risquées.

Malgré cet enthousiasme, les inquiétudes restent omniprésentes. Neuf internautes sur dix expriment au moins une crainte liée à l’IA. Les principales préoccupations concernent la fraude, la désinformation et la perte de compétences humaines. Plus de la moitié des répondants redoutent également un affaiblissement de l’esprit critique, un enjeu central dans un environnement informationnel déjà fragilisé.

Les questions de confidentialité demeurent également sensibles. Une majorité d’utilisateurs se dit préoccupée par la protection de ses données personnelles, et une forte réticence persiste quant au partage d’informations sensibles avec ces outils. Cette méfiance cohabite avec l’usage, illustrant une relation ambivalente entre utilité perçue et risques anticipés.

Sur le plan de la perception, la confiance envers l’IA reste modérée. Les utilisateurs lui attribuent une note d’environ 6 à 7 sur 10 pour des tâches comme le résumé ou l’analyse, tandis que les non-utilisateurs se montrent nettement plus sceptiques. Cette fracture souligne l’importance de l’expérience directe dans la construction de la confiance envers ces technologies.

Enfin, l’impact sur le marché du travail demeure encore largement sous-estimé par les répondants. Une majorité estime que leur emploi ne sera pas affecté à court terme, malgré une adoption rapide des outils. Les experts du rapport estiment pourtant que les transformations seront plus profondes qu’anticipé, notamment pour les tâches liées à la rédaction, à l’analyse et au traitement de l’information.

Au final, le portrait qui se dessine est celui d’une technologie déjà installée dans les usages, mais encore mal comprise et peu encadrée. L’IA générative s’impose comme un levier de productivité et de créativité, tout en soulevant des enjeux majeurs de gouvernance, d’éthique et de compétences. Une adoption rapide, mais encore incomplète dans sa maturité.

Source : Netendances

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire