
Le nouvel Indice de mobilité des talents envoie un message clair aux employeurs québécois : une partie importante de leur main-d’œuvre n’est pas pleinement engagée, et plusieurs travailleurs envisagent déjà la porte de sortie. Selon ce premier sondage réalisé par l’Institut de leadership, en collaboration avec Léger, 40 % des répondants ne recommanderaient pas leur employeur à une personne de leur entourage. Plus encore, 27 % disent vouloir quitter leur emploi au cours des 12 prochains mois, tandis que 47 % envisagent de le faire d’ici cinq ans.
Ces données sont d’autant plus préoccupantes que le contexte économique n’est plus aussi favorable à la mobilité qu’il l’était au sortir de la pandémie. Avec un taux de chômage légèrement en hausse et un marché de l’emploi moins tendu, on aurait pu s’attendre à une plus grande prudence de la part des travailleurs. Or, les résultats du sondage montrent plutôt un malaise persistant dans les organisations. Pour Éric Paquette, président et cofondateur de l’Institut de leadership, les entreprises auraient tort de banaliser ce signal.
Les raisons invoquées par les travailleurs sont multiples. Outre la retraite, plusieurs évoquent une rémunération jugée insuffisante, des conditions de travail insatisfaisantes, un manque de reconnaissance, des motifs personnels ou encore l’impact de leur emploi sur leur santé mentale. Derrière ces réponses se dessine une réalité bien connue depuis quelques années : la relation entre employeurs et employés s’est transformée. Le salaire compte toujours, mais il ne suffit plus à lui seul à retenir les talents.
Le télétravail demeure au cœur de cette nouvelle dynamique. À la question de savoir comment ils réagiraient si leur employeur les obligeait à travailler plus souvent en présentiel, seulement 25 % des répondants disent qu’ils accepteraient sans hésitation. À l’inverse, 35 % accepteraient à contrecœur, 22 % envisageraient de quitter leur emploi et 7 % le quitteraient carrément. Il ne s’agit pourtant pas ici d’un retour obligatoire cinq jours par semaine au bureau, mais simplement d’une présence accrue. Cela donne la mesure de l’attachement des travailleurs québécois au modèle hybride.
Depuis la pandémie, le télétravail n’est plus perçu comme un privilège temporaire, mais comme une composante normale de l’organisation du travail. Pour plusieurs employés, il représente un gain d’autonomie, de temps et d’équilibre personnel. Les employeurs qui veulent revoir leurs politiques de présence au bureau devront donc faire preuve de prudence. Un retour imposé sans explication claire risque d’alimenter la frustration plutôt que de renforcer la cohésion des équipes.
L’indice apporte aussi un éclairage intéressant sur l’intelligence artificielle. Malgré les discours alarmistes entourant l’automatisation, seulement 10 % des travailleurs québécois disent craindre d’être remplacés par l’IA d’ici 12 mois. Cela ne signifie pas que l’enjeu est absent, mais plutôt qu’il n’apparaît pas, pour l’instant, comme la principale source d’inquiétude des employés. Les préoccupations immédiates semblent davantage liées à la qualité de la gestion, à la reconnaissance, aux conditions de travail et à l’équilibre de vie.
Autre donnée qui mérite l’attention : 18 % des répondants jugent leur patron peu compétent ou pas du tout compétent. Ce chiffre rappelle que la rétention des talents ne repose pas seulement sur les politiques d’entreprise, mais aussi sur la qualité du leadership au quotidien. Un gestionnaire mal outillé, peu présent ou incapable de donner du sens au travail peut devenir un facteur direct de désengagement.
Pour renverser la tendance, Éric Paquette plaide pour une réponse concrète de la part des organisations. Il invite les employeurs à mieux former leurs gestionnaires, à donner davantage de sens au travail, à mieux communiquer avec les équipes et à offrir une rétroaction plus régulière. Les employés, rappelle-t-il, veulent comprendre pourquoi ils font les choses, disposer des outils nécessaires pour atteindre leurs objectifs et recevoir une reconnaissance qui ne se limite pas à une évaluation annuelle.
Ce premier Indice de mobilité des talents ne dit pas que les Québécois vont massivement quitter leur emploi demain matin. Il montre plutôt qu’un grand nombre d’entre eux restent en poste sans être pleinement convaincus. Pour les employeurs, c’est peut-être là le véritable avertissement. Le risque n’est pas seulement de perdre des employés, mais de conserver des équipes présentes physiquement, parfois même connectées à distance, mais déjà mentalement ailleurs.
Source : Institut de leadership
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