
Publié le 21 mars 2024, une enquête récente révèle que le Canada, autrefois considéré comme un chef de file en matière d’intelligence artificielle (IA), est désormais en train de perdre du terrain à cause d’un sous-investissement chronique dans sa puissance de calcul.
Au cœur de cette problématique se trouve Niagara, le 212e système informatique le plus puissant du monde, situé de manière incongrue à côté d’un restaurant A&W à Vaughan, Ontario. Ce site, ainsi que d’autres à travers le pays, est vital pour une variété de domaines de recherche, mais peine à satisfaire la demande croissante, particulièrement aiguë dans le secteur de l’IA.
Les instituts d’IA du Canada, reconnus mondialement, comme le Mila à Montréal, Vector Institute à Toronto et l’Amii en Alberta, dépendent fortement de cette infrastructure nationale. Cependant, leur capacité actuelle est loin de suffire face à l’explosion des besoins en calcul pour le développement et l’entraînement de modèles d’IA, surtout des modèles de langage de grande envergure. Cette insuffisance menace de dilapider l’avantage compétitif du Canada en IA, incitant les talents locaux à se tourner vers des horizons plus prometteurs, notamment les États-Unis.
Face à une compétition mondiale accrue, où des pays comme les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et la Grande-Bretagne investissent massivement dans leur infrastructure de calcul, le Canada semble marquer le pas. La comparaison est d’autant plus frappante que la Grande-Bretagne a annoncé un investissement de près de 2,9 milliards de dollars canadiens pour élargir l’accès au calcul et développer son infrastructure, alors que le Canada s’est contenté de 40 millions de dollars en 2021 pour stimuler l’IA.
L’appel à l’action est clair : le Canada doit investir de manière significative, certains suggérant jusqu’à 10 milliards de dollars sur plusieurs années, pour rattraper son retard. Sans un engagement ferme à construire rapidement une capacité de calcul compétitive, le Canada risque de voir son écosystème d’IA, autrefois florissant, s’étioler face à la concurrence internationale. Cet enjeu crucial attend une réponse dans le prochain budget fédéral, suscitant à la fois espoir et inquiétude au sein de la communauté de recherche et d’innovation du pays.
La dépendance croissante à l’égard des superordinateurs et des unités de traitement graphique (GPU) pour l’entraînement des modèles d’IA met en lumière un défi majeur pour le Canada : rester à la pointe de l’innovation tout en répondant à une demande mondiale en constante augmentation pour ces ressources précieuses. Les systèmes actuels, comme Narval au Québec, malgré leur importance, ne suffisent plus à satisfaire les besoins exponentiels de l’industrie. Cette situation pousse non seulement les chercheurs mais aussi les entreprises canadiennes à la recherche de puissance de calcul à explorer des solutions à l’étranger, accentuant ainsi le risque d’une fuite des cerveaux et des capitaux hors du pays.
Dans ce contexte, la nécessité d’agir rapidement et de manière décisive est palpable. Les prochains pas du gouvernement canadien sont attendus avec impatience, tant par la communauté scientifique que par le secteur privé, qui espèrent des mesures concrètes dans le budget fédéral à venir. Il s’agit d’une occasion cruciale pour le Canada de réaffirmer son engagement envers le maintien de sa position de leader en matière d’intelligence artificielle, en investissant dans l’infrastructure nécessaire pour soutenir la recherche et l’innovation. L’avenir de l’IA au Canada dépendra en grande partie de la capacité du pays à répondre à ces défis avec audace et vision.
Source : Globe and Mail
Photo extraite de l’article du Globe : STÉPHANE BRÜGGER/HANDOUT
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Il faut croire que je vieillis — ou, au contraire, que je suis de plus en plus solidaire avec les générations futures — car j’ai du mal à ne pas interpréter cette injonction à l’investissement comme une fuite en avant « solutionniste » vers toujours plus de croissance et d’extraction massive. On nous vante l’IA comme le Saint-Graal qui résorbera tous nos problèmes, mais à part la surveillance, la confusion informationnelle, l’asservissement de notre libre-arbitre à des autorités algorithmiques dépassant littéralement l’entendement, j’ai de gros doutes sur la pertinence d’une telle « peur de manquer » (alias FOMO).