En juin 1994, le légendaire groupe de rock Aerosmith réalisait un exploit historique en devenant les premiers à proposer un titre en téléchargement légal sur Internet. À l’époque, personne n’imaginait l’ampleur que prendrait cette révolution dans les années suivantes.
C’est leur maison de disques Geffen Records qui avait annoncé que le nouveau titre « Head First » serait disponible en exclusivité et gratuitement sur le service en ligne CompuServe pendant une période limitée à partir du 27 juin 1994. Une initiative qualifiée de « révolutionnaire » par la maison de disques.
« Si nos fans empruntent cette autoroute de l’information, alors nous voulons jouer dans la station-service ! », avait lancé Steven Tyler, le charismatique chanteur du « Bad Boys of Boston ». Un pari sur l’avenir qui semblait pour le moins audacieux à une époque où le streaming et les plateformes de téléchargement n’existaient pas.
La chanson avait été proposée aux 2 millions d’utilisateurs de CompuServe, malgré une attente pouvant aller jusqu’à 1h30 pour télécharger l’intégralité du morceau en raison des limitations technologiques. Dix mille abonnés de CompuServe l’ont téléchargé en huit jours. Long de trois minutes et quatorze secondes, il fallait de 60 à 90 minutes pour le télécharger. « Head First » était un essai, une opération marketing, un aperçu de l’avenir, un iceberg pour une industrie titanesque, et 4,3 mégaoctets de riffs et de doubles sens, disponible sous forme de fichier WAV.
À l’époque, Aerosmith avait renoncé aux royalties sur ce titre pour marquer le caractère pionnier de l’opération. « C’était une expérience. Nous fournissions déjà des extraits de 30 secondes en ligne, alors pourquoi pas un titre complet ? », expliquait Luke Wood, responsable marketing chez Geffen à l’époque. « Enfin la technologie rejoignait notre ambition. »
Trois décennies plus tard, l’initiative d’Aerosmith et Geffen apparaît comme un tournant majeur et précurseur. En rendant « Head First » accessible légalement au téléchargement, ils ouvraient la voie à un tout nouveau mode de consommation musicale qui allait révolutionner l’industrie.
Un petit pas pour le streaming et les plateformes légales que nous connaissons aujourd’hui, mais un géant accéléré dans la transition vers le numérique du monde de la musique. Cette prouesse technique ne représentait alors qu’un avant-goût des bouleversements à venir.
Mais en 1994, c’est également l’année où le groupe avait fait une tournée virtuelle, probablement la première tournée virtuelle d’un groupe de musique populaire, pour rencontrer leurs fans en ligne. Du 4 au 7 décembre 1994, ils visitèrent virtuellement les services Prodigy, CompuServe et AOL pour échanger avec leurs fans lors de sessions de clavardage.
Merci à Mike Gauthier de m’avoir rafraîchi la mémoire.
Un article de l’époque :
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