
Ici, en Amérique du Nord, WhatsApp demeure une application de messagerie largement méconnue ou peu utilisée, surtout si on la compare à son adoption massive ailleurs dans le monde. Personnellement, je la trouve pourtant incroyablement pratique, autant pour communiquer que pour m’informer. Simple, efficace et accessible, elle est bien plus qu’un simple outil de messagerie. Et dans plusieurs régions du globe, elle joue même un rôle crucial, souvent insoupçonné : celui d’un véritable lien de survie.
L’exemple de la Syrie illustre parfaitement cette réalité. Lors du séisme dévastateur du 6 février 2023, l’un des plus puissants à frapper la région frontalière entre la Syrie et la Turquie, des milliers de personnes se sont retrouvées piégées sous les décombres. Dans le nord-ouest de la Syrie, une région déchirée par plus d’une décennie de guerre civile, les infrastructures téléphoniques traditionnelles n’existent plus. Alors, pour appeler à l’aide, les habitants se sont tournés vers WhatsApp. Les Casques blancs, organisation bénévole de secouristes, ont mis en place un système d’urgence basé sur l’application. Fidaa Maksour, un de leurs répartiteurs, recevait des messages désespérés décrivant des familles coincées sous des bâtiments effondrés.
“Chaque famille, chaque foyer utilise WhatsApp”, témoignent les secouristes. Cette omniprésence de l’application en Syrie découle d’une combinaison d’accès à Internet via des projets satellites et d’une adoption rapide de solutions numériques simples. En cas de crise, les messages WhatsApp remplacent les appels aux numéros d’urgence traditionnels.
WhatsApp ne s’arrête pas là. L’application, avec ses plus de 2 milliards d’utilisateurs quotidiens, s’avère essentielle dans d’autres contextes critiques. À Gaza, pendant les bombardements de l’automne 2023, la communication est devenue impossible après la destruction des tours cellulaires et des réseaux électriques. L’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, a dû se replier sur WhatsApp pour maintenir un lien avec son personnel, permettant de coordonner des actions humanitaires malgré les interruptions. Une employée de l’agence a même décrit l’application comme “salvatrice”.
Plus près de chez nous au Mexique, WhatsApp joue également un rôle central dans la communication, notamment pour les réfugiés et les migrants. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) utilise l’application pour transmettre des informations essentielles, telles que des conseils juridiques ou des directives sur les démarches administratives. Dans un contexte où les populations déplacées ont souvent un accès limité à des services traditionnels, WhatsApp permet de maintenir un lien direct et instantané avec les organisations d’aide. Cette utilisation démontre encore une fois la flexibilité de l’application, qui s’adapte aux besoins des populations vulnérables, tout en contournant les barrières géographiques et technologiques.
Cette accessibilité est due à un élément technique clé : l’algorithme de compression de WhatsApp. Même dans des zones où la connectivité est médiocre, il permet d’envoyer des messages vocaux, des vidéos ou des documents. C’est ce qui a permis à des journalistes, comme Amal Helles à Gaza, de relayer des reportages sur les conséquences de la guerre, en grimpant sur des points surélevés pour capter un signal minimal.
L’histoire d’Ahmad, un interprète afghan menacé par les Talibans, démontre aussi le rôle sécuritaire de WhatsApp. Alors qu’il fuyait son pays, WhatsApp lui permettait de rassurer sa famille en envoyant des photos et des messages vocaux, tout en bénéficiant du cryptage de bout en bout pour éviter d’être repéré. Même aujourd’hui, dans la clandestinité, Ahmad continue d’utiliser l’application pour sa sécurité.
Cependant, l’omniprésence de WhatsApp dans ces régions comporte des risques. En Afrique ou en Asie, l’application a été utilisée pour diffuser de la propagande ou provoquer des mouvements de panique lors de conflits. Les experts soulignent que des applications comme Signal, plus sécurisées, devraient être privilégiées dans certains contextes. Pourtant, leur adoption reste marginale en raison de la popularité mondiale de WhatsApp.
Même les ONG internationales reconnaissent le rôle incontournable de WhatsApp. Des organisations comme l’ONU l’utilisent pour coordonner leurs actions sur le terrain. Les Casques blancs en Syrie l’affirment sans détour : “Il serait impossible de faire notre travail sans WhatsApp.”
Si WhatsApp est parfois perçue ici comme une application secondaire, elle est ailleurs un outil essentiel, capable de sauver des vies. Pour ceux qui l’utilisent régulièrement, il est fascinant de voir comment une simple application de messagerie peut se transformer en un réseau d’urgence, un lien vital, et un outil d’information incontournable.
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