
L’informatique quantique progresse à grands pas, et Amazon Web Services (AWS) vient de marquer un tournant avec l’annonce de son premier processeur quantique, Ocelot. En entrevue avec Mon Carnet, Oskar Painter, directeur du département matériel quantique chez AWS et professeur de physique à Caltech, détaille cette avancée qui pourrait accélérer l’arrivée de l’informatique quantique pratique de plusieurs années. « Nous avons travaillé sans relâche pour surmonter les défis de l’erreur quantique, et Ocelot représente un bond en avant dans cette direction. »
Depuis son recrutement par AWS en 2019, Painter travaille sur le développement d’une architecture quantique novatrice. Le principal défi de l’informatique quantique réside dans la correction des erreurs, qui limite aujourd’hui l’efficacité des systèmes existants. Ocelot introduit une nouvelle approche basée sur les « qubits chat » (cat qubits), capables de mieux résister aux perturbations extérieures en exploitant des états de superposition plus complexes.
Contrairement aux qubits traditionnels, ces qubits chat utilisent des oscillateurs, semblables à ceux que l’on trouve dans les systèmes radar ou les communications sans fil. En exploitant des états oscillatoires de grande amplitude, AWS parvient à réduire le taux d’erreur d’un facteur 5000, ce qui constitue une amélioration majeure par rapport aux technologies existantes. « Notre architecture nous permet de réduire considérablement la redondance nécessaire pour corriger les erreurs, ce qui nous rapproche d’un ordinateur quantique pratique », souligne Painter.
Cette avancée pourrait permettre d’accélérer le développement d’un ordinateur quantique fonctionnel de trois à cinq ans. Selon Painter, Ocelot offre un avantage stratégique face à des acteurs comme Google et IBM, qui misent sur des architectures différentes. « L’approche d’AWS diffère en ce sens que nous avons conçu notre matériel pour être directement optimisé pour la correction d’erreur quantique », explique-t-il. AWS espère ainsi rendre l’informatique quantique plus accessible et applicable à des domaines tels que la conception de matériaux, la cryptographie ou l’optimisation logistique.
L’une des particularités d’Ocelot réside dans son intégration directe avec l’infrastructure infonuagique d’AWS. Cette approche pourrait offrir aux clients d’AWS un accès anticipé à la puissance de calcul quantique, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives dans des secteurs comme la recherche scientifique, la finance et la cybersécurité.
L’informatique quantique est particulièrement prometteuse dans des domaines comme la conception de nouveaux matériaux et la simulation de réactions chimiques complexes. Plutôt que de réaliser des expériences coûteuses et chronophages en laboratoire, les chercheurs pourraient modéliser ces phénomènes sur un ordinateur quantique avec une précision inégalée.

En parallèle, l’informatique quantique pourrait révolutionner le chiffrement et la sécurité informatique. Certains algorithmes de cryptographie actuels pourraient devenir obsolètes face aux capacités de déchiffrement des futurs ordinateurs quantiques. C’est pourquoi les gouvernements et les entreprises travaillent déjà à l’adoption de nouvelles méthodes de sécurisation adaptées à cette réalité.
Malgré ces avancées, l’informatique quantique ne remplacera pas l’informatique classique. Elle constituera un outil complémentaire pour résoudre des problèmes spécifiques, notamment ceux qui nécessitent une puissance de calcul exponentielle. « Nous ne cherchons pas à remplacer l’informatique traditionnelle, mais à ouvrir la porte à des capacités qui étaient jusqu’ici inaccessibles », précise Painter. L’intégration d’Ocelot dans l’infonuagique d’AWS pourrait transformer de nombreux secteurs en permettant de traiter des données avec une rapidité et une précision inégalées.
Avec cette annonce, AWS réaffirme son ambition de jouer un rôle central dans la course à l’informatique quantique. Pour Oskar Painter, originaire de Vancouver, cette étape est une avancée majeure, mais elle marque surtout le début d’une nouvelle phase de développement qui pourrait transformer en profondeur le paysage technologique mondial. « C’est un moment charnière, mais ce n’est que le commencement. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, et les prochaines années seront déterminantes pour l’avenir de l’informatique quantique. »
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