L’IA & média : leçons de l’AP et de la BBC

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution pour le journalisme, promettant de libérer les reporters des tâches répétitives pour leur permettre de se concentrer sur des enquêtes plus approfondies. Mais la mise en œuvre de ces technologies dépend d’attentes réalistes et du soutien des gestionnaires, selon deux études récentes menées au sein des rédactions de l’Associated Press (AP) et de la BBC.

L’étude menée sur l’initiative IA de l’AP a révélé que les attentes des journalistes influencent directement leur adoption des outils d’IA. Si ces technologies sont perçues comme révolutionnaires, elles nécessitent néanmoins des ajustements spécifiques à chaque rédaction. Ainsi, une gestion réaliste des attentes est cruciale pour éviter la déception et garantir une intégration efficace.

L’automatisation dans les salles de rédaction ne signifie pas l’absence de supervision humaine. Qu’il s’agisse de résumés automatisés de conférences de presse ou d’analyses de données, la vérification par des journalistes demeure essentielle pour garantir l’exactitude des contenus générés.

L’intégration de chercheurs universitaires dans ces rédactions a permis d’apporter des ressources académiques et d’éviter un enfermement dans des usages prédéterminés de l’IA. À la BBC, par exemple, les études ont mis en lumière le manque de compréhension des journalistes sur l’IA, freinant leur engagement avec ces technologies.

Sans l’aval des dirigeants de rédaction, les expérimentations autour de l’IA peinent à aboutir. L’initiative de l’AP, soutenue par la Knight Foundation, a bénéficié d’une dynamique accélérée après le lancement de ChatGPT en 2022, illustrant l’importance du soutien des décideurs pour légitimer ces transformations.

Les recherches ont documenté plusieurs cas d’utilisation réussis de l’IA. À KSAT-TV de San Antonio, des transcriptions et résumés d’événements en direct ont été automatisés, permettant aux journalistes de gagner du temps. À Michigan Radio, la transcription des réunions municipales a été améliorée avec un système d’alerte sur mots-clés, facilitant ainsi le suivi des débats locaux. Pour El Vocero, un journal de Porto Rico, un robot météo a été développé pour générer des alertes automatisées et accélérer la diffusion d’informations en cas d’urgence.

Au Brainerd Dispatch, un journal du Minnesota, une solution d’intelligence artificielle a été mise en place pour générer des articles basés sur les rapports de police. Toutefois, pour éviter toute stigmatisation, les noms et origines ethniques ont été volontairement exclus de ces textes. Ces initiatives montrent que l’IA peut alléger certaines tâches journalistiques tout en nécessitant une supervision humaine pour garantir l’éthique et la fiabilité des informations publiées.

Si l’IA offre des gains d’efficacité, notamment pour les petites rédactions, elle ne constitue pas encore une révolution avérée. L’initiative de l’AP a montré que, malgré l’automatisation de certaines tâches, l’optimisation des ressources reste limitée par le besoin d’une supervision humaine. À la BBC, les chercheurs ont insisté sur la nécessité d’une formation adaptée pour que les journalistes deviennent plus que de simples utilisateurs passifs de l’IA.

Une adoption raisonnée de l’intelligence artificielle dans les médias nécessite également une réflexion sur la formation des professionnels du journalisme. Une meilleure compréhension des capacités et des limites de l’IA permettrait aux journalistes d’être des acteurs actifs de son intégration et non de simples observateurs. Une approche éducative adaptée à chaque organisation aiderait à démocratiser ces outils sans en faire des boîtes noires incompréhensibles.

L’avenir de l’IA dans les rédactions passera aussi par une collaboration renforcée entre chercheurs et professionnels des médias. En travaillant ensemble, ils pourront affiner les outils pour mieux répondre aux défis spécifiques du journalisme, qu’il s’agisse de la rapidité de production, de la fiabilité des informations ou encore du respect de l’éthique journalistique. Cette synergie pourrait être un atout majeur pour éviter les dérives et maximiser les bénéfices de l’IA.

Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que l’IA ne remplacera pas les journalistes, mais elle peut être un précieux allié. En libérant du temps sur des tâches répétitives, elle ouvre des perspectives pour un journalisme plus approfondi et plus humain. Encore faut-il que cette transition se fasse de manière réfléchie, avec des objectifs clairs et des garde-fous pour garantir un journalisme de qualité.

(Source : https://journalistsresource.org/home/ai-ap-bbc/)


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