Peut-on encore voyager avec son téléphone en toute sécurité?

Les fouilles de téléphones intelligents à la frontière américaine soulèvent des inquiétudes sur le respect de la vie privée et la liberté d’expression. Que faut-il savoir avant de traverser les douanes?

Des cas récents de refus d’entrée aux États-Unis mettent en lumière une pratique en croissance : la fouille des téléphones intelligents par les agents de la Customs and Border Protection (CBP). Qu’il s’agisse d’un médecin libanais ou d’un chercheur français, certains voyageurs légaux se sont vu refuser l’accès au pays en raison de contenus découverts sur leurs appareils. La question se pose alors : quels sont nos droits en matière de confidentialité numérique à la frontière?

Selon les données de la CBP, moins de 0,01 % des voyageurs internationaux ont vu leurs appareils fouillés en 2024. Cela représente tout de même plus de 47 000 inspections, un chiffre en hausse constante depuis 2016. Les fouilles peuvent être de deux types : basiques, lorsque les agents examinent le contenu accessible sur l’appareil en mode avion, ou avancées, lorsqu’ils utilisent des outils externes pour extraire ou analyser des données, y compris supprimées.

La Constitution américaine protège contre les fouilles sans mandat, mais une exception s’applique aux zones frontalières, y compris les aéroports. Les tribunaux ont jusqu’ici permis aux agents de fouiller les téléphones sans mandat, bien que certaines décisions récentes, notamment à New York, aient commencé à restreindre ces pratiques, surtout pour les fouilles dites « forensiques ».

Mais attention : les règles varient selon le lieu d’entrée. Vos droits ne seront pas les mêmes à Boston, à San Diego ou à Washington. Et le flou juridique actuel n’encourage pas la prudence de la part des autorités.

  • Citoyens américains : vous pouvez refuser une fouille. Vous serez tout de même autorisé à entrer, mais vos appareils pourraient être saisis.
  • Résidents permanents (carte verte) : vous pouvez aussi refuser, mais au risque d’être soumis à un examen plus poussé, notamment si vous avez passé plus de 180 jours hors du pays ou avez des antécédents.
  • Titulaire de visa : vos droits sont plus limités. Refuser une fouille peut entraîner un refus d’entrée immédiat.

Alors que faire pour protéger vos données ?

Plusieurs organisations, dont l’Electronic Frontier Foundation (EFF), recommandent de minimiser les données présentes sur vos appareils avant un voyage :

  • Supprimez les données sensibles ou déplacez-les vers un stockage infonuagique sécurisé.
  • Effacez les fichiers supprimés récemment, qui restent accessibles.
  • Activez le chiffrement complet de vos appareils.
  • Utilisez un autre téléphone que votre téléphone régulier
  • Désactivez les accès biométriques comme Face ID : le mot de passe est plus difficile à contraindre légalement.
  • Éteignez votre appareil avant de franchir la douane. Au rallumage, seul un mot de passe peut le déverrouiller.

Même si ces précautions réduisent les risques, elles ne les éliminent pas. La saisie d’appareils, les détentions prolongées ou les refus d’entrée demeurent possibles. Le respect de vos droits dépendra souvent du contexte, du lieu et de l’agent rencontré. Le seul moyen d’éviter toute possibilité de fouille? Ne pas voyager avec vos données sensibles.

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Un commentaire

  1. C’est incroyable d’être rendu à un stade où tout est surveillé et analyser comme si nous serions tous des criminels.😞

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