
Le 4 avril 1975, deux jeunes passionnés d’informatique, Bill Gates et Paul Allen, lançaient Microsoft depuis Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Leur pari : rendre l’informatique personnelle accessible à tous. Cinquante ans plus tard, leur entreprise est devenue un pilier de l’économie mondiale, affichant une valeur boursière proche de 3 000 milliards de dollars et un bénéfice net de 88 milliards pour l’année 2024. Rien ne laissait présager une telle trajectoire à l’époque où tout a commencé avec quelques lignes de code BASIC tapées sur un télétype.
Le premier coup de génie de Microsoft fut son alliance avec IBM au début des années 1980. Alors que la majorité des acteurs du secteur refusaient de collaborer avec le géant de l’époque, Gates a su saisir l’occasion en proposant un système d’exploitation qu’il ne possédait même pas encore. En rachetant QDOS pour le transformer en MS-DOS, Microsoft s’est assuré une place centrale dans l’industrie naissante des micro-ordinateurs.

C’est avec Windows que Microsoft a réellement imposé son empire. Inspiré de l’interface graphique du Macintosh d’Apple — elle-même issue des laboratoires de Xerox — Windows a conquis les entreprises et les foyers. En 1995, le lancement de Windows 95, appuyé par une campagne publicitaire colossale, a marqué l’apogée de cette domination. À ce moment, la quasi-totalité des ordinateurs personnels tournaient sous un système Microsoft.
Mais tout n’a pas été linéaire. Avec l’émergence du Web dans les années 1990, Microsoft a dû rattraper son retard, notamment avec Internet Explorer. L’entreprise a aussi été confrontée à des poursuites pour abus de position dominante, alors que de nouveaux compétiteurs, comme Google, s’imposaient. En parallèle, Bill Gates passait les rênes à Steve Ballmer, marquant le début d’une période plus turbulente.
Ballmer a multiplié les paris, avec des fortunes diverses. Si Xbox et Azure ont marqué des réussites, d’autres tentatives comme Zune ou Windows Phone ont viré au fiasco. L’achat de la division mobile de Nokia en 2013 reste dans les mémoires comme l’une des plus grandes erreurs stratégiques de Microsoft. La sortie du marché des téléphones a coûté plus de 7 milliards à l’entreprise.
C’est d’ailleurs le moment « téléphonie mobile » qui demeure le plus grand échec pour Bill Gates, l’occasion manquée du mobile. L’ancien PDG n’a jamais caché sa frustration d’avoir laissé filer le marché au profit de Google et d’Android, qu’il considère comme sa plus grande erreur professionnelle. Selon lui, Microsoft était idéalement positionnée pour créer le système d’exploitation qui serait devenu la norme sur tous les téléphones non Apple. Mais entre erreurs de gestion et obstacles liés aux poursuites antitrust, l’entreprise a raté le coche. Gates estime que ce faux pas a coûté quelque 400 milliards de dollars à Microsoft.
Malgré ces échecs, Microsoft a continué de croître, devenant une entreprise tentaculaire aux multiples divisions, parfois en conflit les unes avec les autres. La bureaucratie interne et le confort financier ont freiné l’innovation. Pendant un temps, l’image de Microsoft s’est ternie, perçue comme une firme vieillissante incapable de suivre le rythme des nouvelles vagues technologiques.

Tout change en 2014 avec l’arrivée de Satya Nadella à la tête de l’entreprise. L’ingénieur a recentré la stratégie sur les services infonuagiques avec Azure et a adopté le modèle de l’abonnement pour des produits comme Office 365. Il a aussi repositionné Microsoft dans l’univers du développement logiciel en acquérant GitHub, Minecraft et LinkedIn.
La dernière grande transformation concerne l’intelligence artificielle. En investissant plus de 14 milliards de dollars dans OpenAI, Microsoft s’est placé au cœur de la révolution IA. L’intégration de Copilot dans ses outils phares témoigne de cette volonté de redéfinir la productivité. Toutefois, la compétition s’intensifie, et l’avenir de cette transformation reste incertain.
À 50 ans, Microsoft affiche une capacité remarquable à se réinventer. Malgré les erreurs, les procès et les bouleversements technologiques, la firme de Redmond demeure l’un des acteurs les plus influents du numérique. Reste à voir si cette longévité exceptionnelle pourra se prolonger jusqu’à son centenaire. Même Bill Gates, dans un rare moment d’humilité, avoue qu’il en doute. Bluff ou clairvoyance ? L’histoire le dira.

En terminant, pour les passionnés de Microsoft, de Bill Gates ou de l’histoire de l’informatique, sachez que le fondateur de Microsoft a publié sur son blogue le code source original à l’origine de l’entreprise. Il est même possible de le télécharger en version PDF. Cliquez ici pour accéder à cette pièce d’anthologie de l’ère numérique.
+++++
Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti
vous propose un rendez-vous express de 120 secondes pour
connaitre l’essentiel de l’actualité tech.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


