L’IA dans les salles de rédaction : de l’option à la nécessité stratégique

Publié le 10 avril 2025, le webinaire “AI Trends in Journalism 2025”, organisé dans le cadre de l’initiative AI in Media de la WAN-IFRA, a envoyé un message clair : l’intelligence artificielle n’est plus un luxe ou un gadget pour les salles de rédaction — elle est désormais une question de survie.

Animée par Ezra Eeman (WAN-IFRA et NPO), Florent Daudens (Hugging Face) et Nikita Roy (Newsroom Robots Lab), la rencontre a offert un tour d’horizon critique de l’état de l’IA dans les médias. Eeman n’a pas mâché ses mots : « L’IA n’est plus une option pour les médias – c’est existentiel. »

De retour d’un séjour d’étude à San Francisco auprès de startups, investisseurs et grands acteurs de l’IA comme OpenAI et Perplexity, Eeman constate une transformation du paysage : recul du trafic issu des réseaux sociaux, arrivée des agents conversationnels en tant qu’interface dominante, et incertitude autour des modèles économiques pour les éditeurs. L’une des pistes explorées ? La monétisation inter-machines, où les robots paieraient un droit d’accès aux contenus.

Nikita Roy, pour sa part, a dénoncé le décalage entre les outils utilisés dans des secteurs comme la finance ou la santé, et ceux qui sont adoptés dans les médias. Selon elle, des outils comme Langchain ou les bibliothèques open source sont largement sous-utilisés par les journalistes. Elle cite en exemple iTromsø, un média local norvégien ayant conçu DJINN, un assistant IA pour filtrer les documents municipaux. Résultat ? Cinq scoops publiés par deux stagiaires dès la première semaine.

Florent Daudens de Hugging Face a souligné l’importance de la maîtrise interne des modèles d’IA. Il rappelle que les projets échouent souvent non pas à cause de la technologie, mais à cause de l’absence de leadership clair : « Il faut arrêter de traiter l’IA comme un projet secret ou individuel. » Il encourage plutôt la mutualisation des outils, citant l’exemple du Financial Times et de ses bibliothèques de requêtes partagées.

Autre évolution majeure : la personnalisation des interfaces. Agents personnels, voix clonées, contenu en mode données — la manière dont l’information est consommée évolue. Roy a même développé un double vocal pour répondre à des questions après ses conférences. Selon elle, le journalisme passe d’un produit éditorial à une base de données dynamique. Mais cette nouvelle ère soulève aussi des questions éthiques et légales, en particulier sur l’utilisation des contenus pour entraîner des IA.

En somme, le message est limpide : l’avenir du journalisme dépendra de la capacité des rédactions à reprendre le contrôle sur les outils, les données, et les stratégies. Ne pas s’impliquer dans la construction de cette nouvelle couche informationnelle, c’est risquer d’en être exclu.

Source : World Association of News Publishers


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