Le Canada a un ministre de l’IA : Evan Solomon

C’est un geste hautement symbolique et stratégique que vient de poser le gouvernement Carney. Pour la première fois de son histoire, le Canada se dote d’un ministère de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, confié à une figure bien connue du paysage médiatique : Evan Solomon. Ancien journaliste politique, animateur et cofondateur du magazine techno Shift au début des dans les années 1990, Solomon fait un saut remarqué en politique active. Son rôle ? Piloter une stratégie nationale ambitieuse pour faire de l’IA un moteur de croissance économique, mais aussi un enjeu de souveraineté numérique.

Cette nomination intervient dans un contexte où le Canada, longtemps salué pour son leadership en recherche sur l’IA, peine à transformer ce savoir en retombées concrètes pour son économie. Le nouveau ministre hérite donc d’un double mandat : accélérer l’adoption de l’IA dans le secteur public et privé, et encadrer son développement dans une perspective éthique et inclusive.

Evan Solomon arrive avec un bagage atypique, à la croisée de la communication, de la culture numérique et des politiques publiques. Certains y voient un atout pour sensibiliser la population aux défis de l’IA. « C’est un excellent choix, il est intelligent et technophile », affirme le juriste Michael Geist. Mais d’autres s’inquiètent de son absence d’expérience technique, dans un univers où les enjeux sont complexes et parfois très spécialisés.

Dans les faits, Solomon aura sous sa responsabilité la création d’une nouvelle infrastructure numérique : centres de données, crédits d’impôt pour l’adoption de l’IA par les PME, soutien à la commercialisation par les instituts canadiens d’intelligence artificielle. Le tout en coordination avec l’industrie, les universités et les startups. « Il ne s’agit plus seulement d’innover, mais d’intégrer l’innovation dans tous les secteurs productifs du pays », résume Benjamin Bergen, du Council of Canadian Innovators.

Le gouvernement veut aussi faire de l’IA un levier pour moderniser l’administration publique. L’idée : s’appuyer sur l’automatisation pour réduire les délais et améliorer les services aux citoyens. Agents virtuels multilingues, traduction automatisée, synthèse de documents, tout est sur la table. « Il faut transformer la manière dont les Canadiens interagissent avec leur gouvernement », dit-on au bureau du premier ministre.

Mais le nouveau ministre devra aussi naviguer des eaux législatives complexes. Plusieurs projets de loi liés à la cybersécurité, aux préjudices en ligne et à la régulation de l’IA sont restés lettre morte après la prorogation du Parlement. Leur relance – et leur ajustement – sera cruciale pour encadrer les usages sensibles de l’IA, notamment les deepfakes ou les biais algorithmiques.

Enfin, la question de la souveraineté numérique demeure centrale. Le gouvernement veut s’assurer que les données canadiennes, notamment celles en lien avec la santé ou les infrastructures critiques, soient hébergées sur le territoire national. « Ce qu’on construit aujourd’hui, ce sont les rails numériques du XXIe siècle. Il faut en garder le contrôle », martèle Bergen.

Evan Solomon devrait recevoir sous peu sa lettre de mandat. D’ici là, une chose est sûre : le Canada a placé l’intelligence artificielle au cœur de sa stratégie économique et sociétale. Reste à voir si la politique suivra la promesse.

En terminant, Solomon est diplômé de l’Université McGill, où il a obtenu un baccalauréat et une maîtrise en littérature anglaise et en études religieuses.

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Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech


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