IA et journalistes : entre adoption discrète et dépendance

En à peine deux ans, les outils d’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT, ont profondément transformé les pratiques journalistiques. Une étude menée par l’Obvia auprès de 400 journalistes met en lumière les usages, les perceptions et les tensions éthiques qui accompagnent cette mutation silencieuse.

Premier constat : l’adoption de l’intelligence artificielle générative est bien réelle, mais encore très inégale. Deux tiers des journalistes interrogés l’ont déjà utilisée, surtout pour collecter de l’information, rédiger ou éditer du contenu. Les jeunes journalistes et les pigistes figurent parmi les usagers les plus réguliers, souvent de manière individuelle, sans cadre organisationnel clair.

Ce qui pousse les journalistes à utiliser ces outils ? D’abord, le gain de temps. Améliorer la productivité, produire davantage, mieux, plus vite. Pour plusieurs, l’intelligence artificielle générative devient une extension de leur boîte à outils. Mais cette efficacité a un revers : près d’un quart des utilisateurs se disent déjà dépendants. Et plus on l’utilise, moins on remet en question sa fiabilité, un glissement qui soulève des enjeux éthiques importants.

Autre élément marquant : l’usage de l’intelligence artificielle générative varie selon le statut d’emploi. Les pigistes, confrontés à des contraintes de temps et de ressources, utilisent davantage ces outils pour générer des idées, rédiger plus efficacement ou optimiser leur présence numérique. À l’inverse, les journalistes salariés semblent davantage intégrer l’IA dans des tâches d’analyse ou de vérification.

L’étude révèle aussi que la régulation peine à suivre. Peu de salles de rédaction ont défini des balises claires, laissant les journalistes dans une zone grise. Cette absence de cadre alimente un climat d’incertitude, où chacun expérimente à sa manière, sans filet, ce qui peut accentuer les disparités et affaiblir les repères déontologiques du métier.

Enfin, certaines voix dans le milieu s’inquiètent de l’effet “boîte noire” de l’intelligence artificielle générative. Le manque de transparence sur la provenance des données générées par ces systèmes, ou sur les biais qu’ils peuvent reproduire, soulève de sérieuses questions sur la responsabilité journalistique. Pour les auteurs du rapport, il est urgent de développer une culture professionnelle de l’IA, autant sur le plan technique qu’éthique.

L’étude montre aussi une certaine gêne à reconnaître ouvertement l’usage de l’intelligence artificielle générative. Près d’un journaliste sur quatre hésite à en parler à ses collègues ou à sa direction, signe que son intégration reste encore socialement sensible, voire taboue. Les rédactions, de leur côté, sont à la traîne : seulement un tiers des répondants déclarent que leur organisation a mis en place une politique encadrant l’utilisation de l’intelligence artificielle générative.

Et c’est peut-être le plus rassurant, malgré les craintes de perte d’emploi et les débats sur la déshumanisation du métier, l’attachement au journalisme demeure fort. L’intelligence artificielle générative est vue comme un outil – parfois redoutable – mais elle ne remplace pas la passion de raconter le réel.

Source : Obvia

+++

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire