Royaume-Uni : les universités dépassées par la triche étudiante à l’ère de l’IA

Une enquête du Guardian révèle que près de 7 000 cas de tricherie liés à l’usage de l’intelligence artificielle ont été détectés dans les universités britanniques au cours de l’année 2023-2024. Un chiffre en nette hausse par rapport à l’année précédente, et qui ne représenterait que la surface visible d’un phénomène bien plus étendu.

Alors que le plagiat traditionnel décline, l’usage détourné de robots conversationnels comme ChatGPT progresse rapidement. Les cas confirmés de tricherie via l’IA sont passés de 1,6 à 5,1 pour 1 000 étudiants en un an, et les premiers chiffres de 2024-2025 annoncent déjà une hausse à 7,5 pour 1 000. À l’inverse, les cas de plagiat classique chutent fortement.

Cette évolution soulève aussi des enjeux pédagogiques profonds. De plus en plus d’enseignants appellent à repenser la finalité des évaluations universitaires : plutôt que de vérifier une simple restitution de contenu, l’objectif devrait être de mesurer la capacité d’analyse, de réflexion critique et d’adaptation des étudiants à de nouveaux outils. Certaines universités expérimentent déjà des formats alternatifs, comme les travaux collaboratifs, les présentations orales ou les études de cas interactives.

Selon les données obtenues par demande d’accès à l’information auprès de 155 établissements, près d’un tiers ne distinguaient même pas encore en 2023-2024 les infractions liées à l’IA. Des chercheurs de l’Université de Reading ont démontré que 94 % des travaux générés par IA échappaient aux détections actuelles.

Pour les enseignants, le défi est double : adapter les méthodes d’évaluation à une technologie difficile à détecter et éviter les accusations injustifiées. « L’usage d’outils d’IA devient une pratique étudiante quasi généralisée », observe Thomas Lancaster, spécialiste de l’intégrité académique. « Mais dans bien des cas, l’IA sert davantage à structurer, résumer ou reformuler qu’à produire un texte final copié-collé. »

L’usage de l’IA soulève aussi des questions d’accessibilité : certains étudiants atteints de troubles de l’apprentissage, comme la dyslexie, l’utilisent comme aide à la rédaction. Le gouvernement britannique, tout en investissant dans les compétences numériques, appelle les universités à intégrer ces outils avec discernement.

Parallèlement, le marché technologique s’adapte rapidement. Une multitude d’extensions, de services web et d’applications mobiles proposent désormais de “reformuler” automatiquement les textes générés par IA pour éviter toute détection. Des tutoriels circulent sur TikTok et YouTube, banalisant des pratiques de contournement qui brouillent encore davantage la frontière entre usage légitime et tricherie.

La triche n’a rien de nouveau, mais l’intelligence artificielle en change profondément la nature. Et les universités, à l’instar des entreprises, n’ont d’autre choix que de réinventer leurs pratiques.

Source : The Guardian

+++

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire