C’était l’un des derniers bastions du numérique sans publicité. Mais cette époque est désormais révolue : WhatsApp, propriété de Meta, a annoncé qu’elle commencera à afficher des annonces dans son application. Un tournant majeur pour la plateforme de messagerie chiffrée, qui compte plus de deux milliards d’utilisateurs dans le monde.
Pourtant, il y a à peine deux ans, Will Cathcart, le patron de WhatsApp, assurait encore que les rumeurs sur l’intégration de publicités dans l’application étaient infondées. Une telle démarche aurait été à l’encontre du credo fondateur laissé par Brian Acton, cofondateur du service, qui avait griffonné sur un bout de papier cette ligne devenue emblématique : « Pas de pub, pas de jeu, pas d’artifice ». Ce mantra, affiché comme une boussole morale après le rachat par Facebook, a longtemps continué d’inspirer les équipes, même après le départ d’Acton en 2014. Mais cette époque semble aujourd’hui révolue.
On dit que la publicité n’envahira pas toutes les conversations. Pour le moment, elle se limitera à la section « Mises à jour », un onglet consulté par 1,5 milliard d’utilisateurs chaque jour et destiné à suivre les statuts, les chaînes et les publications d’entreprises ou de personnalités. Meta précise que les messages, appels et statuts personnels resteront chiffrés de bout en bout et ne seront jamais utilisés à des fins publicitaires.
Nikila Srinivasan, vice-présidente chez WhatsApp, insiste sur la prudence avec laquelle cette décision a été prise : « Les messages privés resteront inviolables. L’intégration de la publicité a été pensée en respectant les attentes en matière de confidentialité. »
Ce changement s’accompagne d’un nouveau modèle économique pour la plateforme. WhatsApp introduit également des abonnements payants pour les créateurs de contenu, à l’image de ce qui existe déjà sur YouTube, Twitch ou X. Autre nouveauté : les utilisateurs et entreprises pourront promouvoir leurs chaînes auprès d’un large public directement depuis l’app.
Si cette évolution semble inévitable pour renforcer les revenus de Meta, qui investit massivement dans l’IA et cherche de nouvelles sources de croissance, elle n’est pas sans risque. Le modèle publicitaire de WhatsApp reste encore peu défini. Contrairement à Facebook ou Instagram, qui reposent sur une collecte massive de données, WhatsApp devra composer avec des contraintes fortes en matière de vie privée. Et cela pourrait limiter la précision des ciblages… donc la valeur des impressions.
En 2021, un précédent ajustement des conditions d’utilisation avait déjà suscité une vive réaction du public, certains y voyant une brèche dans la protection des données personnelles. WhatsApp s’en défend aujourd’hui, assurant que les utilisateurs devront donner leur consentement explicite s’ils veulent partager leurs données issues de Facebook ou Instagram pour enrichir le ciblage publicitaire.
Cette annonce intervient alors que WhatsApp est engagé dans un bras de fer juridique au Royaume-Uni contre une tentative gouvernementale de limiter le chiffrement des messages, au nom de la lutte contre la criminalité. Le patron de WhatsApp, Will Cathcart, a affirmé qu’il défendrait le chiffrement « bec et ongles » contre toute tentative d’ingérence.
Avec ce virage, WhatsApp s’aventure sur un terrain glissant : comment monétiser une plateforme centrée sur la confidentialité, sans trahir la confiance des utilisateurs ? La réponse viendra sans doute des mois à venir… et des réactions du public.
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