
Alors que le conflit géopolitique entre Israël et l’Iran s’envenime, la confrontation s’est désormais déplacée vers le cyberespace. Deux groupes de pirates informatiques, CyberAv3ngers, affilié à l’Iran, et Predatory Sparrow, proche d’Israël, s’affrontent depuis des années dans une guerre numérique aux conséquences bien réelles.
Le département d’État américain a annoncé une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de membres de CyberAv3ngers. Ce groupe, soupçonné d’être lié aux Gardiens de la révolution iranienne, s’est fait connaître dès 2020 en revendiquant des cyberattaques contre des infrastructures israéliennes, mais aussi américaines et britanniques. Il cible désormais des systèmes industriels critiques, dans les secteurs de l’eau, de l’alimentation et de l’énergie, en exploitant des failles simples comme des mots de passe par défaut sur des contrôleurs industriels connectés à Internet.
Selon la CISA (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency), ces intrusions pouvaient aller jusqu’à perturber physiquement les équipements ciblés. En 2023, une autorité municipale de l’eau en Pennsylvanie avait reconnu avoir subi les effets de l’une de ces attaques.
La tension a atteint un nouveau sommet le 13 juin 2025, lorsqu’Israël a lancé l’Opération Rising Lion, une campagne militaire et numérique visant à affaiblir les réseaux de soutien iraniens. Dès les premières heures, Téhéran a réagi en restreignant drastiquement l’accès à Internet, suspendant les communications internationales et interdisant aux fonctionnaires l’utilisation de tout appareil connecté. Ce verrouillage numérique visait à contrer la propagation de désinformation et à limiter les intrusions dans les systèmes gouvernementaux.
Dans la foulée, Predatory Sparrow, groupe israélien officieux mais reconnu, a revendiqué une cyberattaque de grande ampleur contre la banque iranienne Sepah. Le groupe affirme avoir détruit toutes les données du système, perturbant ainsi un pilier financier stratégique des activités militaires iraniennes. Les banques Kosar et Ansar, également proches de l’appareil sécuritaire iranien, auraient aussi été affectées, ce qui laisse croire à une campagne coordonnée. Le lendemain, le même groupe s’est attaqué à la plateforme d’échange de cryptomonnaie Nobitex, affirmant avoir brûlé l’équivalent de 90 à 100 millions de dollars US en actifs numériques.
En réponse, Téhéran a mobilisé une centaine de groupes de pirates pro-iraniens, selon les chiffres rapportés par Radware. Ceux-ci ont multiplié les attaques DDoS, les campagnes de désinformation, et les tentatives de pénétration dans les infrastructures israéliennes. Les installations hydrauliques de Hadera, Ashkelon et Haïfa ont été ciblées, tout comme les systèmes d’alerte publique, certains citoyens ayant reçu de faux messages annonçant des attentats dans des abris ou une pénurie de carburant.
Au-delà des frontières du conflit, cette cyberguerre prend une dimension globale. Les autorités américaines et européennes craignent des effets collatéraux sur des infrastructures critiques ailleurs dans le monde. Des institutions financières, des opérateurs énergétiques et même des plateformes de messagerie comme WhatsApp, bloquée temporairement en Iran, sont touchés.
Les groupes comme Predatory Sparrow ne se contentent plus de saboter : ils diffusent aussi du contenu stratégique, des documents piratés et du code source pour déstabiliser le régime iranien et influencer l’opinion publique. De son côté, l’Iran mobilise ses faux profils et bots sur les réseaux sociaux pour justifier ses représailles, accusant Israël de crimes de guerre tout en se présentant comme victime d’une agression technologique.
Ce conflit numérique marque un tournant : les États n’investissent plus seulement dans des drones ou des missiles, mais dans des armées de pirates capables de paralyser des économies entières sans jamais franchir une frontière. Si l’impact direct sur les civils reste difficile à quantifier, il est indéniable : entre des comptes bancaires bloqués à Téhéran et des systèmes d’eau menacés à Tel-Aviv, la guerre silencieuse du XXIe siècle est bel et bien en cours.
Source : Bloomberg, Euronews, DiGit In
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