Les humanoïdes, nouvelle rivalité entre les États-Unis et la Chine

C’est un grand dossier que le site The Information consacre à la bataille qui s’annonce entre les États-Unis et la Chine autour d’un secteur encore émergent, mais aux promesses colossales : les robots humanoïdes. Dans cette course technologique, l’Amérique cherche à reprendre l’initiative après avoir perdu du terrain dans d’autres domaines face à Pékin, de l’automobile électrique à la production de puces ou de composants critiques. Les humanoïdes pourraient devenir, selon certains analystes, le prochain jackpot industriel mondial, avec un marché estimé à 4,7 billions de dollars d’ici 2050.

Portée par les ambitions d’Elon Musk et le robot Optimus de Tesla, l’industrie américaine a vu un regain d’intérêt spectaculaire. Des startups comme Apptronik, soutenue par Google DeepMind, ont levé des centaines de millions de dollars. D’autres, comme Figure AI ou Agility Robotics, attirent l’attention de géants comme Nvidia, Microsoft ou Mercedes-Benz. L’heure est aux démonstrations musclées, parfois devant des élus à Washington, pour alerter sur l’avance technologique chinoise et appeler à une mobilisation industrielle nationale.

Car en face, la Chine avance vite. Avec plus de 23 milliards de dollars injectés par les gouvernements locaux, et un objectif affiché de production massive dès cette année, Pékin entend reproduire sa stratégie victorieuse dans d’autres filières. Des entreprises comme UBTech ou Unitree maîtrisent déjà la fabrication locale de composants clés, tandis que des centaines de startups se bousculent sur le marché. Leur avantage ? Une chaîne d’approvisionnement ultra-rapide, des coûts faibles et un accès facilité à l’innovation mondiale grâce aux liens historiques entre la recherche américaine et les ingénieurs chinois.

La compétition ne se limite pas aux formes humanoïdes. Derrière ce qu’on appelle l’intelligence artificielle physique, qui regroupe humanoïdes, véhicules autonomes, drones, se cache un enjeu bien plus vaste : la main-d’œuvre artificielle. À terme, un milliard de robots humanoïdes pourraient rejoindre l’économie mondiale. Pour Elon Musk, Optimus pourrait devenir « le plus grand produit de tous les temps ». Une vision partagée par d’autres, comme Jensen Huang (Nvidia), qui y voit la future plus grande industrie technologique de l’histoire.

Mais ce scénario, parfois trop optimiste, ne convainc pas tout le monde. Des experts comme Rodney Brooks rappellent que l’apparence humaine n’est pas forcément la plus efficace, et que l’industrie pourrait perdre du temps à vouloir imiter l’homme plutôt qu’innover fonctionnellement. En Chine comme aux États-Unis, certains modèles misent sur des bases roulantes, des pinces à deux doigts ou des designs plus robustes que réalistes.

Malgré l’émergence de centaines de projets, la collaboration entre les deux blocs technologiques reste pour l’instant d’actualité. Nombre de composants chinois équipent des robots américains, et plusieurs fondateurs de startups chinoises ont été formés dans les meilleures universités américaines. Mais cette interdépendance pourrait être mise à mal par les tensions géopolitiques croissantes. Certains observateurs craignent un scénario à la Huawei, où l’escalade sécuritaire viendrait freiner l’innovation et cloisonner les chaînes de valeur.

Au-delà des discours stratégiques, certains acteurs rêvent aussi d’applications concrètes, comme l’aide aux personnes âgées ou le soutien logistique dans les hôpitaux. Pour Jeff Cardenas (Apptronik), cette vision est née en observant ses propres grands-parents. Plus que des gadgets, les robots humanoïdes pourraient demain devenir des soutiens invisibles mais essentiels dans notre quotidien. Reste à savoir qui dominera ce nouveau champ de bataille technologique mondial.

Source : The Information

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