
Le vol à l’étalage, longtemps considéré comme un irritant pour les commerçants, est devenu un véritable fléau. Alors que l’inflation et la crise du pouvoir d’achat alimentent la tentation du vol, les commerçants ripostent avec un arsenal technologique de plus en plus sophistiqué.
Des voleurs organisés opèrent de manière stratégique, comme ce faux ouvrier en gilet fluo qui, à Glasgow, a vidé à plusieurs reprises les rayons beauté d’un magasin Boots. Cette méthode n’a rien d’isolé : en 2024, le vol à l’étalage a bondi de 14 % aux États-Unis, atteignant 2,2 milliards de livres de pertes au Royaume-Uni.
Face à cette criminalité, les détaillants investissent massivement. Caméras intelligentes, rayons pesés, reconnaissance faciale, étagères connectées, pods de surveillance et IA comportementale forment désormais la première ligne de défense. Le groupe britannique Currys utilise même des écrans diffusant en direct les visages des clients pour dissuader les voleurs.
Des startups comme Veesion ou Auror révolutionnent aussi le secteur. Veesion analyse les gestes suspects en magasin, tandis qu’Auror propose une plateforme centralisée et sécurisée de signalement des incidents, utilisée notamment par Holland & Barrett ou Currys pour identifier les récidivistes.
Mais ces dispositifs soulèvent des enjeux de vie privée. Des erreurs d’identification peuvent entraîner des situations injustes, comme le montre le cas d’une cliente britannique faussement accusée de vol. Certains systèmes, comme ceux de Black.ai, évitent d’identifier les visages, préférant détecter des comportements plutôt que des individus.
L’objectif, selon les commerçants, reste d’assurer la sécurité du personnel, bien avant la protection des produits. Un équilibre délicat entre protection, expérience client et respect des droits. Car dans cette course technologique, chaque innovation déclenche une contre-réaction chez les voleurs.
Malgré les investissements, les résultats varient. Si certains, comme Home Depot, notent une amélioration, d’autres, comme Dollar Tree, peinent encore. Mais une chose est sûre : l’ère du « robocop de supermarché » est bel et bien amorcée.
En parallèle, certains distributeurs testent des stratégies moins visibles, comme la modification du parcours client ou l’analyse discrète des habitudes d’achat. L’objectif : renforcer la prévention sans détériorer l’expérience en magasin.
Le recours accru à l’intelligence artificielle pose aussi la question de la formation du personnel. Comprendre le fonctionnement des algorithmes, interpréter les alertes, ou encore gérer les situations conflictuelles devient essentiel dans cette nouvelle réalité du commerce de détail.
Enfin, plusieurs voix appellent à une meilleure collaboration entre commerçants, fabricants de technologies et autorités publiques. Une approche coordonnée pourrait permettre d’harmoniser les standards de protection, tout en respectant les cadres juridiques liés à la vie privée.
Source : Financial Times
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