
Microsoft ambitionnait de se libérer de sa dépendance à Nvidia en développant ses propres puces d’intelligence artificielle. Mais l’initiative, lancée en 2019, prend du retard et montre ses limites. Selon plusieurs sources internes citées dans un article du média The Information, la prochaine génération de puces Maia, destinée aux centres de données de Microsoft, ne sera pas prête avant 2026, soit un an plus tard que prévu.
Baptisée Braga (et appelée Maia 200 lors de sa sortie), cette nouvelle puce aurait dû concurrencer les dernières créations de Nvidia, notamment la Blackwell, lancée fin 2024. En réalité, elle en sera loin. Moins performante, moins efficace sur le plan énergétique, Braga illustre la difficulté de concevoir des circuits spécialisés capables de suivre l’évolution effrénée de l’IA générative.
En coulisses, Microsoft reste fortement tributaire de Nvidia, tant pour ses besoins internes que pour les services qu’elle fournit à ses clients infonuagiques. La puce Maia 100, pourtant mise en avant comme une percée technologique en 2023, n’est toujours pas utilisée pour faire tourner ses principaux services d’IA. Selon des employés actuels et anciens, elle ne répondait tout simplement pas aux exigences des charges de travail modernes comme celles de ChatGPT ou Copilot.
Le projet Braga a été ralenti par des modifications de conception exigées en cours de route, notamment par OpenAI, une pénurie de talents et un taux élevé de roulement chez les ingénieurs. Microsoft a tenté d’accélérer la cadence pour livrer un produit d’ici la fin de 2025, mais cette pression aurait poussé jusqu’à 20 % des équipes concernées à quitter le navire.
Microsoft n’est pas seul dans cette course à la puce maison. Amazon prévoit livrer cette année son Trainium 3, censé doubler la puissance de la génération précédente. Google, de son côté, affine depuis une décennie ses TPU (tensor processing units), déjà largement utilisés dans ses infrastructures d’IA. Son prochain modèle, Ironwood, est attendu d’ici la fin de l’année.
Ces retards pourraient également freiner l’ambition de Microsoft de devenir un fournisseur d’infrastructure incontournable dans l’IA. Dans un marché où les entreprises clientes cherchent des solutions clés en main, le fait de ne pas maîtriser complètement sa chaîne matérielle fragilise la promesse d’un écosystème souverain, optimisé et cohérent.
Mais Nvidia reste le maître incontesté. Son PDG, Jensen Huang, l’a récemment rappelé : selon lui, la plupart des efforts des géants de la tech seront abandonnés, faute de compétitivité. « Quel est l’intérêt de construire une puce sur mesure si elle est moins performante que celle que vous pouvez acheter ? », a-t-il lancé.
Pour l’instant, Microsoft semble donner raison à Nvidia. Sa première puce, la Maia 100, mise sur le marché en 2023, est essentiellement restée cantonnée aux bancs d’essai. Conçue à l’ère pré-ChatGPT, elle était destinée à des usages limités comme le traitement d’images.
L’avenir repose désormais sur Clea (ou Maia 300), une refonte complète attendue pour 2027. Mais tant que cette génération ne sera pas déployée, Microsoft devra continuer à s’appuyer sur les puces de son principal concurrent, Nvidia, pour alimenter ses services d’intelligence artificielle comme Copilot ou Azure AI.
Source : The Information
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