
Un vent de lucidité semble souffler dans les hautes sphères des grandes entreprises américaines. Plusieurs PDG cessent désormais d’édulcorer leur discours : l’intelligence artificielle va supprimer des millions d’emplois, en particulier dans les métiers de bureau. Jim Farley, PDG de Ford, a affirmé sans détour lors du Aspen Ideas Festival que « l’IA remplacera littéralement la moitié des cols blancs aux États-Unis ».
Même son de cloche chez Amazon. Andy Jassy, son PDG, a prévenu que l’IA allait entraîner une réduction des effectifs dans les fonctions corporatives. Chez JPMorgan, Marianne Lake a évoqué une baisse de 10 % des postes dans les opérations, alors que le patron d’Anthropic, Dario Amodei, prédit la disparition de la moitié des emplois d’entrée de gamme d’ici cinq ans. Selon lui, les entreprises et les gouvernements doivent cesser de « maquiller la réalité ».
Cette transparence nouvelle marque un tournant dans la communication des grandes entreprises. Là où, jusqu’à récemment, les dirigeants préféraient insister sur les « gains d’efficacité » ou les « opportunités de requalification », ils parlent désormais ouvertement de suppressions massives. Ce changement de ton pourrait avoir des répercussions importantes sur les politiques publiques, la formation professionnelle et la manière dont les travailleurs perçoivent leur avenir à court terme dans un monde de plus en plus automatisé.
Le discours s’éloigne du mythe des créations d’emplois compensatoires : certains dirigeants reconnaissent qu’ils planifient depuis des mois des modèles d’affaires reposant sur des effectifs réduits, rendus possibles par les outils d’automatisation et d’IA. Chez Shopify, Tobi Lütke exige que chaque nouvelle embauche soit justifiée par une tâche qu’un système d’IA ne pourrait accomplir. Même chez Moderna, on incite les équipes à innover sans embaucher.
Micha Kaufman, PDG de Fiverr, parle d’un réveil brutal : « Que vous soyez programmeur, juriste ou vendeur, l’IA arrive pour vous. » Certains postes sont déjà fusionnés pour en rationaliser d’autres, par exemple, les rôles de gestion de produit et d’ingénierie.
Face à ce constat, certains responsables tempèrent. Brad Lightcap (OpenAI) pense que le remplacement massif n’est pas encore visible, tandis qu’Arvind Krishna (IBM) note que l’entreprise a utilisé l’IA pour alléger les RH, mais a recruté dans d’autres secteurs. Pascal Desroches (AT&T) reste prudent : les révolutions technologiques passées ont aussi généré de nouveaux emplois.
Mais le ton général a changé. L’optimisme prudent cède la place à une prise de conscience brutale : l’IA est une lame de fond qui redessine le monde du travail, plus vite que prévu et cette fois, les dirigeants ne s’en cachent plus.
Source : wsj
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