
Apple a discrètement étudié, au cours des dernières années, la possibilité de proposer un service infonuagique destiné aux développeurs, en louant la puissance de ses propres serveurs propulsés par ses puces maison. Ce projet, rapporté par The Information, aurait représenté un tournant stratégique majeur pour le géant de Cupertino, le positionnant comme un nouvel acteur face aux géants du nuage : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud.
Baptisé en interne « Project ACDC » (pour Apple Chips in Data Centers), le projet reposait sur l’efficacité énergétique et la performance des puces Apple Silicon, dont le fabricant vante les qualités depuis leur introduction dans les Mac et iPhone. Selon des sources proches du dossier, Apple estimait que ses serveurs basés sur ses puces maison pouvaient offrir des performances supérieures à moindre coût, notamment pour les applications utilisant l’intelligence artificielle.
C’est Michael Abbott, alors vice-président en charge de l’infonuagique chez Apple, qui aurait porté l’initiative dès 2020. Après son départ en 2023, les discussions se sont poursuivies en 2024 sous la direction d’Adrian Perica, responsable du développement corporatif. Mais l’avenir du projet demeure incertain, même si l’idée de concurrencer AWS en s’appuyant sur sa propre architecture interne continue de séduire certains dirigeants chez Apple.
Sans avoir encore lancé de plateforme publique, Apple a déjà testé cette infrastructure à l’interne. Des services comme Siri, Apple Wallet, Apple Music et Photos auraient déjà migré certaines fonctions vers des serveurs pilotés par des puces Mac, permettant des économies et des gains de performance notables. Le lancement de Private Cloud Compute l’an dernier a constitué une première concrétisation, avec un traitement IA partiellement délocalisé dans ses propres centres de données.
En parallèle, certaines entreprises tierces explorent déjà le potentiel des puces Apple pour des traitements IA spécialisés. C’est le cas de Dragonfruit, qui utilise des Mac mini pour analyser des données de caméras en magasin, ou de webAI, qui permet aux entreprises de déployer leurs modèles d’IA sur des appareils Apple. Apple soutient aussi cette tendance avec MLX, son cadre open source dédié au développement IA sur Apple Silicon.
Ce virage vers les services infonuagiques pourrait répondre à deux enjeux pour Apple : relancer sa croissance dans les services, alors que ses revenus de l’App Store sont contestés en justice, et s’inscrire dans l’économie de l’IA sans s’endetter dans des achats massifs de puces Nvidia. Apple consacre déjà environ 7 milliards de dollars par an à la location de capacités cloud chez Amazon et Google, tout en évitant l’accumulation d’actifs matériels coûteux.
Bien que fidèle à son ADN grand public, Apple semble de plus en plus tenté par le monde de l’entreprise. Son casque Vision Pro, peu populaire chez les particuliers, a trouvé preneur dans des contextes professionnels comme la maintenance aéronautique. L’idée d’un cloud à la sauce Apple, piloté par sa division relations développeurs plutôt qu’une force de vente traditionnelle, serait cohérente avec son écosystème.
Reste à voir si cette ambition passera du stade de l’expérimentation à une offre concrète. Mais une chose est claire : Apple, en misant sur ses puces, se prépare à jouer un rôle plus stratégique dans l’économie infonuagique et l’IA de demain.
Source : The Information
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