
Selon The Economist, OnlyFans a transformé un secteur historiquement marginal et peu rentable en une machine à profits redoutable. Fondée en 2016 par un entrepreneur britannique et aujourd’hui mise en vente pour 8 milliards de dollars, la plateforme compte plus de 4 millions de créateurs et 300 millions d’utilisateurs. En 2023, elle a généré 1,3 milliard de dollars de revenus avec une marge d’exploitation de 50 %, surpassant des géants technologiques comme Alphabet ou Microsoft. Un succès qui repose sur une approche directe : faire payer les fans pour accéder aux contenus, souvent érotiques ou pornographiques, sans passer par la publicité ni les intermédiaires traditionnels.
Longtemps, le porno en ligne a reposé sur des modèles gratuits, à l’image des « tube sites » comme Pornhub, financés par une publicité difficile à rentabiliser. Dans ce contexte, OnlyFans a imposé un modèle payant basé sur l’abonnement et la personnalisation. Un changement de paradigme qui permet à ses créateurs de mieux contrôler leur contenu, leur image, et surtout leurs revenus. La plateforme prélève une commission de 20 %, comparable à Airbnb ou Uber, mais échappe aux commissions des App Stores, car elle est absente des boutiques d’Apple et de Google.
La plateforme a professionnalisé la création de contenu pour adultes. L’exemple de Bonnie Blue, ex-vedette d’OnlyFans ayant déclaré y gagner jusqu’à 250 000 dollars par mois avant son bannissement, illustre cette évolution. Derrière le contenu, une équipe complète : photographes, monteurs, agents de sécurité. Elle passe plus de temps à gérer sa communauté et ses finances qu’à tourner des vidéos. L’univers du contenu érotique devient ici une activité structurée, avec un back office digne d’une PME.
OnlyFans se démarque également par ses efforts en matière de modération. La vérification d’identité des créateurs est rigoureuse : carte d’identité, coordonnées bancaires, validation manuelle des profils. Des technologies de reconnaissance faciale sont même utilisées dans certains pays pour empêcher l’accès aux mineurs. « Il n’y a pas d’anonymat sur OnlyFans », résume sa PDG Keily Blair, qui insiste sur le fait que les contenus ne sont pas chiffrés de bout en bout, permettant une supervision constante.
Mais ce modèle reste fragile. D’autres plateformes, comme Fansly, récupèrent les créateurs bannis. L’essor des générateurs de porno par intelligence artificielle représente une nouvelle concurrence : gratuite, anonyme et incontrôlable. Les régulations se durcissent aussi : en Suède, un nouveau cadre légal pourrait criminaliser l’achat de contenus personnalisés dès le 1er juillet. Et au Royaume-Uni, OnlyFans a écopé d’une amende pour des failles dans la vérification de l’âge de ses utilisateurs.
Pourtant, la valorisation actuelle d’OnlyFans pourrait être largement sous-estimée. À en croire The Economist, si l’on applique les multiples boursiers d’Airbnb ou d’Uber, la plateforme pourrait valoir jusqu’à 28 milliards de dollars. Au-delà des controverses, OnlyFans reste l’exemple le plus éclatant d’une économie numérique qui permet aux créateurs d’exploiter directement leur audience — quitte à bouleverser les frontières traditionnelles entre vie privée, commerce et sexualité.
Source : https://www.economist.com/business/2025/06/24/how-onlyfans-transformed-porn
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