
Une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke et de partenaires internationaux vient de mettre en lumière un lien complexe entre le temps passé à jouer aux jeux vidéo et les symptômes du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les enfants d’âge scolaire. Leur étude, menée auprès de près de 1 750 enfants suivis de 6 à 10 ans, révèle une relation bidirectionnelle : les symptômes de TDAH peuvent pousser à jouer davantage, et, quelques années plus tard, un temps de jeu plus élevé peut accentuer certains symptômes.
Les données proviennent de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ), un suivi de cohorte représentatif de la population québécoise. Entre 2004 et 2008, les parents ont indiqué le nombre d’heures quotidiennes consacrées aux jeux vidéo, tandis que les enseignants ont évalué la présence de symptômes de TDAH, séparés en deux dimensions : hyperactivité/impulsivité et inattention.
Les résultats montrent qu’entre 6 et 8 ans, les enfants présentant plus de symptômes de TDAH, surtout d’hyperactivité et d’impulsivité, ont tendance à consacrer plus de temps aux jeux vidéo l’année suivante. Cette première phase correspond à un moment où les enfants recherchent davantage de stimulations immédiates, un terrain favorable aux expériences interactives et gratifiantes qu’offrent les jeux.
Mais à partir de 8 ans, la dynamique s’inverse : plus de temps passé à jouer prédit une augmentation des symptômes de TDAH à 10 ans, en particulier sur le versant hyperactif/impulsif. Les chercheurs estiment que la forte stimulation et les récompenses instantanées propres à certains jeux peuvent accentuer l’impatience, la distractibilité et les difficultés à se concentrer sur des tâches moins attrayantes.
Si le jeu vidéo ne « cause » pas le TDAH, il peut aggraver des symptômes préexistants et fragiliser des enfants déjà vulnérables, prévient l’équipe. L’hyperactivité, l’impulsivité et l’inattention subcliniques peuvent déjà nuire au bien-être, à la réussite scolaire et aux relations sociales. Des usages excessifs – au-delà de deux heures par jour selon les recommandations pédiatriques – peuvent renforcer ces difficultés.
Les auteurs appellent à une vigilance accrue de la part des parents, enseignants et professionnels de santé, en particulier dans les dernières années du primaire, lorsque les exigences scolaires augmentent. Ils recommandent d’encourager des loisirs diversifiés, incluant des activités physiques, artistiques et sociales, et de privilégier des jeux moins susceptibles de surstimuler.
Cette étude, bien qu’appuyée sur des données collectées il y a plus de 15 ans, demeure pertinente : les jeux vidéo sont aujourd’hui plus immersifs et engageants qu’à l’époque, ce qui pourrait accentuer les effets observés. Selon les chercheurs, comprendre cette relation bidirectionnelle est essentiel pour développer des stratégies de prévention et d’accompagnement, afin de limiter l’impact du jeu excessif sur le développement des enfants.
Source : Bidirectional associations between video game playing and ADHD symptoms among school-aged children
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