Meta AI : la vitrine d’IA de Zuckerberg peine à convaincre

Bloomberg s’intéresse à la manière dont l’application Meta AI, vitrine grand public des ambitions d’intelligence artificielle de Mark Zuckerberg, peine à convaincre plusieurs mois après son lancement. Présentée en avril comme un assistant conversationnel doublé d’un fil social « Discover » destiné à inspirer ses utilisateurs, cette application incarne la volonté de Meta de se positionner face à ChatGPT, Claude, Gemini ou Perplexity. Mais, selon les tests réalisés par les journalistes de l’agence, l’expérience reste inégale et trop peu personnalisée, malgré l’intégration du modèle maison Llama et les milliards investis par l’entreprise dans l’IA.

Arrivée tardivement sur le marché, Meta AI se distingue par un flux public d’images générées par d’autres utilisateurs et censées stimuler la curiosité. En pratique, ce contenu manque souvent d’actualité et de pertinence dans un univers numérique habitué à l’instantanéité. Les interactions privées avec l’assistant montrent par ailleurs des lacunes : hallucinations, réponses génériques, absence de mémoire partagée entre les différentes applications du groupe, et recommandations peu adaptées au profil des utilisateurs, même lorsque des indices comme le code postal ou des centres d’intérêt sont connus.

Meta reconnaît que le produit est encore en phase de maturation et promet des améliorations régulières, notamment en matière de personnalisation et de mémoire conversationnelle. Mais la fragmentation de l’expérience ( un assistant différent sur Facebook, Messenger, Instagram ou WhatsApp ) empêche la continuité que vantent ses concurrents. Les usages sont également cantonnés à des contextes précis : aide à la rédaction sur WhatsApp, génération d’images sur Messenger, résumé de commentaires sur Facebook.

Au-delà des défauts techniques, la réception du public a été mitigée. Un fil Reddit intitulé « Who hates Meta AI? » a recueilli des dizaines de milliers de votes et de commentaires, dénonçant un outil jugé intrusif et imposé. Les critiques visent aussi certaines expérimentations jugées farfelues, comme des chatbots incarnant des célébrités ou des personnages provocateurs (« Evil stepmom », « feet monster »). Meta affirme retirer les contenus contraires à ses règles, mais la frontière entre expérimentation ludique et dérapage problématique reste floue.

L’application souffre aussi d’un paradoxe : censée devenir « l’IA personnelle » de référence aux États-Unis, elle n’exploite pas pleinement les données auxquelles Meta a accès. Par exemple, elle ne fouille pas dans l’historique des profils Facebook ou Instagram pour enrichir ses réponses, malgré les autorisations demandées à l’inscription. Résultat : des suggestions d’activités ou de contenus restent génériques, loin de la promesse d’un compagnon numérique véritablement sur mesure.

On observe aussi que Meta semble hésiter entre deux visions de son IA grand public : un outil de productivité capable d’assister l’utilisateur dans des tâches complexes, et une plateforme de divertissement nourrie par des contenus générés par d’autres. Cette dualité brouille le positionnement du produit et rend l’expérience moins lisible pour un public qui, selon les cas, recherche soit un assistant fiable, soit un espace ludique. L’absence de stratégie clairement assumée pourrait expliquer pourquoi la Discover feed et les interactions privées paraissent déconnectées, comme si elles répondaient à deux cahiers des charges distincts.

Par ailleurs, la concurrence ne reste pas immobile. ChatGPT, Perplexity ou encore Google Gemini misent de plus en plus sur la continuité d’expérience et la mémoire transversale, permettant à l’utilisateur de retrouver ses conversations et d’affiner son profil quel que soit le support utilisé. Cette capacité à capitaliser sur l’historique des échanges constitue un avantage direct en matière de pertinence des réponses et de fidélisation des utilisateurs. En comparaison, Meta AI part avec un handicap qui, s’il n’est pas rapidement comblé, risque de limiter son adoption en dehors des environnements déjà captifs comme Facebook, Messenger ou WhatsApp.

Pourtant, l’enjeu est stratégique. Zuckerberg entend faire de l’IA un moteur central de l’écosystème Meta, avec l’objectif de développer une « superintelligence personnelle » au service des individus, mais aussi de la monétisation publicitaire. Le déploiement massif sur les casques de réalité virtuelle, les lunettes connectées Ray-Ban, ou encore les téléphones Motorola équipés de Llama illustre cette ambition. Si Meta parvient à corriger ses défauts et à offrir une expérience cohérente, l’application pourrait devenir un point d’entrée incontournable dans l’univers de l’IA grand public. En l’état, elle reste une démonstration partielle, qui met en lumière l’écart entre la vision affichée et la réalité perçue par les utilisateurs.

Source : Bloomberg

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