Les médias explorent des solutions pour réduire leur dépendance aux plateformes

Credit : Gemini

À New York, une première rencontre baptisée Protocols for Publishers a réuni journalistes, éditeurs et acteurs technologiques autour d’une question centrale : comment bâtir un internet qui serve les médias, plutôt que l’inverse ? Organisé par les initiatives Unternet, Graze et Free Our Feeds, l’événement a mis de l’avant l’idée d’un web fédéré, basé sur des protocoles ouverts comme l’AT Protocol de Bluesky, qui offrirait une alternative aux plateformes centralisées dominées par les géants du numérique.

Les discussions ont souligné l’érosion du modèle actuel, où les éditeurs sont contraints de s’adapter aux règles changeantes de Google, Meta ou X. Pour Ivan Sigal (Free Our Feeds), le paysage informationnel est fragmenté et de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle. L’AT Protocol, lui, promet une flexibilité où les utilisateurs peuvent changer d’application sans perdre leurs abonnés ni leur identité numérique.

Des intervenants comme Gina Chua (Semafor) ou Ben Werdmuller (ProPublica) ont rappelé que l’enjeu n’était pas seulement la survie de chaque média, mais la sauvegarde de tout l’écosystème de l’information. Devin Gaffney, de Graze, a comparé les grands éditeurs à la « mégafaune charismatique » du web : leur engagement précoce dans ce nouvel environnement pourrait influencer durablement son évolution.

Face à l’essor de l’IA, perçue comme une expérience individuelle et fermée, le web fédéré mise sur la participation collective et la diversité des communautés. Déjà, des médias comme The Verge ou SB Nation expérimentent des sites construits autour de fils personnalisés.

Au-delà de la technique, le débat a mis en lumière une question culturelle : comment redonner confiance aux lecteurs dans un environnement saturé de contenus générés par des algorithmes ? Pour plusieurs participants, la réponse passe par des standards ouverts qui garantissent la transparence, la portabilité des données et la capacité pour les éditeurs de contrôler leurs propres relations avec leur public, sans dépendre des décisions opaques de grandes plateformes.

Ces préoccupations rejoignent celles mises en avant par le Tow Center dans Journalism Zero : la généralisation de l’IA générative reconfigure en profondeur le rapport entre éditeurs et plateformes. Selon le rapport, l’expansion de produits comme Google AI Overviews ou Perplexity Search provoque déjà une chute importante du trafic de référencement, avec 95 % de clics en moins que la recherche traditionnelle, ce qui remet en cause l’ancien « pacte » de valeur, visibilité en échange de contenu. Les chercheurs notent que les éditeurs n’ont plus seulement à craindre la dépendance aux plateformes sociales, mais aussi la disintermédiation créée par les résumés automatisés d’articles, qui affaiblissent la relation directe avec le public.

Reste une interrogation de fond, formulée par Chua : les éditeurs veulent-ils « sauver l’écosystème ou seulement se sauver eux-mêmes » ? Le chemin à suivre demeure incertain, mais les organisateurs envisagent d’autres rencontres, y compris un Protocols for Artists, pour élargir la réflexion. Comme l’a résumé Boris Mann, l’un des initiateurs : « Cela ressemble à une réunion sur les codes du bâtiment. Technique et un peu aride, mais indispensable si on veut que les édifices tiennent debout. »

Source : Nieman Lab, Frontiers, Columbia Journalism Review

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