Les lois « scan de visage » sur le web produisent des effets inattendus

Adoptées au Royaume-Uni et dans plusieurs États américains, les lois obligeant les internautes à prouver leur âge en scannant leur visage ou en présentant une pièce d’identité devaient protéger les mineurs. Mais leurs premières conséquences surprennent.

À Londres, l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act a fait chuter l’audience des sites pour adultes qui se sont conformés à la loi. En revanche, ceux qui l’ignorent voient leur trafic exploser, parfois doublé ou triplé en un an, selon une analyse du Washington Post. « C’est une illustration parfaite des effets pervers : plus on serre la vis, plus on récompense ceux qui défient les règles », observe John Scott-Railton, chercheur au Citizen Lab.

Aux États-Unis, 25 États ont déjà adopté des lois similaires depuis 2022. La Cour suprême a confirmé en juin la légalité du dispositif texan, ouvrant la voie à d’autres législations. Mais les critiques fusent : coûts exorbitants pour les plateformes, risques d’erreurs des algorithmes de reconnaissance faciale, et menace de fuites de données sensibles, comme l’a montré un récent piratage d’une application de rencontres.

Certaines entreprises, comme Pornhub, affirment que la mesure ne fait que pousser les internautes vers des services non régulés, souvent situés dans l’ombre du web. D’autres, plus petites, préfèrent bloquer complètement l’accès aux utilisateurs britanniques ou américains pour éviter des frais jugés intenables.

Le mouvement s’élargit même aux réseaux sociaux : Reddit, Discord ou encore Spotify testent désormais des systèmes de vérification d’âge. Dans le Mississippi, une loi oblige déjà toutes les plateformes sociales à authentifier l’identité de leurs usagers, poussant Bluesky à se retirer de l’État.

Face à ces résistances, les régulateurs promettent des sanctions allant jusqu’à des dizaines de millions de dollars. Mais sur le terrain, une autre conséquence se fait sentir : l’usage des VPN, qui permettent de contourner ces contrôles, explose. Au Royaume-Uni, ces applications se sont hissées en tête des téléchargements peu après la mise en garde des autorités.

Ce bras de fer entre protection de la jeunesse et respect des libertés numériques ne fait que commencer. Reste à voir si ces lois renforceront réellement la sécurité en ligne des mineurs, ou si elles alimenteront surtout une migration vers les zones les plus opaques d’Internet.

Source : Washington Post

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