Québec dévoile sa stratégie pour l’avenir de l’audiovisuel

Lors de la présentation du rapport, dans l’ordre de gauche à droite : Philippe Lamarre, Monique Simard et le ministre Mathieu Lacombe

Le gouvernement du Québec a publié le rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec (GTAAQ). Intitulé Souffler les braises, le document de près de 200 pages propose une véritable feuille de route pour assurer la pérennité et le rayonnement de la production audiovisuelle québécoise. Fruit d’une vaste consultation menée entre octobre 2024 et janvier 2025, il s’appuie sur 115 mémoires et plus de 130 rencontres avec des acteurs du milieu.

Le rapport dresse un constat clair : l’écosystème audiovisuel québécois est à la croisée des chemins. Il représente un poids économique de 3,27 milliards $ dans le PIB et des dizaines de milliers d’emplois qualifiés. Pourtant, la concurrence des plateformes mondiales, l’instabilité des revenus publicitaires et l’arrivée de l’intelligence artificielle fragilisent les modèles établis. Selon les auteurs, il devient urgent de réaffirmer une souveraineté culturelle et de doter le Québec de leviers structurants pour ne pas perdre son ancrage identitaire.

Le cœur du rapport se décline en 20 recommandations et 76 mesures. Parmi elles : renforcer Télé-Québec comme catalyseur culturel et économique, hausser le budget de la SODEC et y intégrer le jeu vidéo, instaurer une politique d’éducation à l’image, créer un Fonds Jeunesse Numérique financé par une taxe sur les abonnements Internet et cellulaires, et transformer la Loi sur le cinéma en Loi sur l’audiovisuel.

Les auteurs proposent aussi de moderniser les crédits d’impôt, de consolider les diffuseurs privés en difficulté, de mieux soutenir les festivals et de structurer une stratégie d’exportation axée sur la francophonie et l’Europe. Enfin, le rapport appelle à anticiper l’impact de l’IA : mise en place d’un laboratoire dédié, création d’un observatoire de la transformation numérique et accompagnement des métiers menacés.

Une place importante est accordée aux jeunes générations. Le rapport insiste sur la nécessité de recréer un lien affectif entre la jeunesse et les récits québécois. Cela passe par des contenus adaptés à leurs usages, une présence accrue sur les plateformes comme YouTube et TikTok, mais aussi par l’éducation à l’image à l’école. L’objectif : bâtir un imaginaire collectif où les enfants, y compris issus de l’immigration, puissent se reconnaître.

Le document souligne également que l’avenir ne pourra pas reposer sur la logique du « chacun pour soi ». Face aux géants mondialisés, il plaide pour un front commun culturel, regroupant créateurs, producteurs, diffuseurs et institutions. La mise en place d’une mutuelle d’assurance pour les producteurs, d’un filet social pour les travailleurs, et l’engagement vers une industrie carboneutre font aussi partie des mesures proposées.

Une bonne nouvelle pour les créateurs numériques se trouve dans la volonté de soutenir la création pour les plateformes numériques. Le rapport recommande d’intégrer les formats natifs ( balados, contenus pour réseaux sociaux, vidéos courtes ou œuvres hybrides ) dans les programmes de financement. L’idée est de reconnaître les créateurs numériques comme des acteurs à part entière du paysage culturel et de leur donner accès à des outils adaptés. La SODEC se verrait confier la mission de définir de nouveaux critères, basés sur la valeur culturelle et la capacité des projets à mobiliser des communautés. Ce virage contribuerait à enrichir l’écosystème québécois par des productions originales, innovantes et proches des usages des jeunes publics.

Conscients des limites budgétaires, les auteurs rappellent que leur mandat s’est fait à enveloppe fermée, soit 1,06 milliard $ correspondant aux dépenses culturelles publiques récentes. Ils recommandent donc de maximiser les retombées des investissements existants tout en ouvrant la porte à de nouvelles sources de revenus, notamment fiscales.

Les coprésidents, Monique Simard et Philippe Lamarre, affirment avoir voulu offrir une « étincelle » pour raviver le feu de la culture québécoise. Le ministre Mathieu Lacombe a accueilli favorablement ces recommandations, tout en précisant que le gouvernement en définira les priorités au cours des prochains mois. Pour lui, ce rapport marque un pas essentiel vers un secteur audiovisuel plus fort, capable de maintenir un lien durable entre la jeunesse et les produits culturels d’ici.

Deux nouveaux éléments à souligner. D’abord, le rapport met de l’avant l’importance d’une politique de données et d’intelligence artificielle adaptée aux réalités culturelles. Les auteurs proposent la création d’un observatoire responsable de l’IA et d’un laboratoire spécialisé, afin d’accompagner la transformation de l’industrie et de protéger la création locale. Cette orientation vise à donner aux créateurs québécois les moyens de naviguer dans un environnement numérique en constante mutation.

Ensuite, Souffler les braises insiste sur la dimension internationale du développement audiovisuel. Le Québec est invité à miser sur la francophonie comme tremplin naturel, mais aussi à renforcer ses partenariats avec l’Union européenne par l’adhésion à des programmes comme Europe Créative. L’idée : accroître la visibilité des œuvres québécoises, stimuler les coproductions et positionner le Québec comme un acteur incontournable de l’audiovisuel francophone mondial.

Transparence : j’ai été parmi les personnes consultées.

Source : Souffler les braises

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