Quand l’IA fabrique de faux médecins pour vendre des produits douteux

Une enquête du New York Times met en lumière l’usage de l’intelligence artificielle par des fraudeurs qui usurpent l’identité de professionnels de santé afin de commercialiser sur le web des remèdes aux promesses douteuses. Ces vidéos truquées, qui circulent massivement sur Facebook, TikTok et YouTube, imitent l’image et la voix de spécialistes sans leur consentement, afin de convaincre des internautes vulnérables.

L’endocrinologue américain Robert Lustig, professeur émérite à l’Université de Californie à San Francisco, a ainsi découvert qu’une version générée de lui-même faisait la promotion de “perles liquides” censées faire perdre du poids, alors qu’il n’en avait jamais entendu parler. Même scénario pour la médecin britannique Gemma Newman, dont l’image a été utilisée pour vendre des compléments à base de betterave en jouant sur les insécurités féminines.

Le phénomène dépasse les simples publicités. Le cardiologue Eric Topol a trouvé des dizaines de faux livres à son nom sur Amazon, avec une couverture illustrée par un portrait généré par IA, tandis que le chercheur en nutrition Christopher Gardner est devenu la “voix” artificielle de chaînes YouTube entières. Ces contenus frauduleux, souvent monétisés, brouillent les repères du grand public sur la fiabilité des sources médicales.

Les fraudeurs vont parfois jusqu’à inventer de faux logos d’organismes officiels, comme des agences de santé ou des associations médicales, pour donner de la crédibilité à leurs arnaques. Dans certains cas, les consommateurs découvrent après coup que les produits achetés proviennent de sites éphémères basés à l’étranger, sans aucune garantie sur leur qualité ni sur leur composition.

Cette nouvelle vague d’escroqueries met aussi en lumière la responsabilité des grandes plateformes technologiques, qui peinent à détecter et supprimer ces contenus malgré leurs règles contre l’usurpation d’identité. Les experts estiment que les outils d’IA générative, désormais accessibles à tous, ont ouvert la voie à une industrialisation de la fraude en ligne, difficile à contrer à grande échelle.

Face à cette prolifération, les autorités comme la FDA américaine, les organismes de cybersécurité et certaines plateformes tentent de réagir, mais avec un succès limité. Meta a reconnu avoir commencé à retirer des faux comptes seulement après avoir été alertée par le New York Times. YouTube a fermé plusieurs chaînes, mais de nouvelles continuent d’apparaître.

Ces usurpations ne se limitent pas à tromper les consommateurs : elles mettent directement en danger des patients qui, attirés par de fausses promesses, risquent de retarder ou de négliger de véritables traitements médicaux. Comme le résume le Dr Michael Horowitz, chercheur en Australie : « Ces campagnes exploitent les plus vulnérables, en sachant très bien que leurs produits n’ont aucune utilité. C’est un comportement moralement répréhensible. »

Source : New York Times

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2 commentaires

  1. J’en ai vu des publicités semblables et j’ai dit à mon conjoint : encore une arnaque pour faire maigrir. Mais où s’en va le monde, c’est incroyable les niaiseries que l’on peut voir 😞.

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