Washington met fin à la coopération internationale contre la désinformation étatique

Les États-Unis ont annoncé la rupture de leurs accords avec une vingtaine de pays européens et africains destinés à contrer la désinformation menée par la Russie, la Chine et l’Iran. Ces protocoles d’entente, conclus sous l’administration Biden, avaient pour but d’établir une réponse coordonnée face aux campagnes d’influence étrangères.

Cette décision s’inscrit dans un virage plus large de l’administration Trump, qui a déjà fermé le Global Engagement Center (GEC), structure du département d’État créée en 2011 pour combattre la propagande terroriste avant d’élargir son mandat aux opérations de désinformation. Le centre avait notamment mis en cause la chaîne russe RT pour des activités d’espionnage et de manipulation électorale en Moldavie.

James Rubin, ancien directeur du GEC, a dénoncé un « acte unilatéral de désarmement » face à la guerre de l’information, estimant que l’essor de l’intelligence artificielle accroît encore les risques. En revanche, les responsables actuels du département d’État défendent cette fermeture, affirmant que le centre agissait comme un organe de censure inefficace et incompatible avec la position « pro-liberté d’expression » du gouvernement.

Pour les alliés européens, cette volte-face fragilise la coopération transatlantique alors que Moscou intensifie ses campagnes de manipulation pour miner le soutien à l’Ukraine et au système international mené par l’Occident.

Au-delà des considérations politiques, cette décision soulève des inquiétudes pratiques. Les protocoles d’entente facilitaient l’échange d’informations sensibles entre services gouvernementaux, permettant d’identifier rapidement les sources de désinformation et d’en mesurer l’impact. Leur disparition pourrait ralentir la capacité des démocraties à répondre collectivement aux campagnes orchestrées par des acteurs étrangers.

Certains experts redoutent aussi que l’abandon de cette coopération laisse le champ libre à d’autres puissances, comme la Russie, qui investit massivement dans les technologies de propagande numérique. L’utilisation combinée de médias d’État, de robots conversationnels et de réseaux de faux comptes sur les plateformes sociales complique déjà la distinction entre information vérifiée et manipulation.

Cette décision reflète un clivage idéologique plus profond aux États-Unis. Là où l’administration Biden voyait dans la lutte contre la désinformation une question de sécurité nationale, l’administration Trump met en avant la liberté d’expression et la méfiance envers les institutions fédérales. Ce changement de cap risque d’alimenter le débat, à Washington comme en Europe, sur l’équilibre à trouver entre protection démocratique et liberté de parole.

Source : Financial Times

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