
La semaine dernière, le Népal a connu l’une de ses plus violentes vagues de protestations depuis des années. Le 4 septembre, le gouvernement avait bloqué 26 plateformes sociales majeures, dont Facebook, X, YouTube et Instagram. La mesure a aussitôt déclenché des manifestations de jeunes dans la capitale Katmandou. Cinq jours plus tard, les contestations ont viré à l’émeute, avec l’incendie de bâtiments gouvernementaux et la chute de l’administration.
Dans ce contexte, une application méconnue a soudain pris de l’importance : Bitchat. Développée en code source ouvert par une petite équipe comprenant Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, Bluesky et Square, l’application fonctionne sur le protocole Nostr et utilise des réseaux maillés Bluetooth pour permettre la communication sans serveur central, ni connexion internet. L’outil, lancé en juillet dernier comme un simple projet collaboratif, est conçu pour offrir anonymat et résilience, sans nom, numéro de téléphone ni infrastructure centralisée.
Selon son développeur principal connu sous le pseudonyme Calle, Bitchat a enregistré plus de 48 000 téléchargements rien qu’au Népal le 8 septembre, soit près de 40 % de ses installations mondiales à cette date. L’Indonésie, elle aussi secouée par des tensions politiques, constitue déjà le deuxième bassin d’utilisateurs avec plus de 11 000 téléchargements. Les échanges sur Reddit ont largement contribué à la diffusion de l’application, présentée comme l’une des rares alternatives fiables face à une éventuelle coupure totale d’internet.
Contrairement aux plateformes traditionnelles, Bitchat repose sur la proximité et l’instantanéité d’un maillage local entre appareils. Dans un environnement de surveillance ou de blocage, ce type de technologie, qualifiée de freedom tech, peut devenir le dernier canal de communication disponible. « C’est similaire à Bitcoin : conçu pour résister à la censure », souligne Calle, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.
L’avenir de Bitchat ne se limite toutefois pas à la messagerie. Ses créateurs travaillent déjà à y intégrer des fonctionnalités financières via Bitcoin et le protocole Cashu, permettant des échanges monétaires chiffrés directement dans les messages. L’objectif affiché est d’offrir à la fois une plateforme de communication et un espace de commerce sécurisé, en dehors du contrôle des États et des grandes entreprises technologiques.
Avec les récents événements au Népal et en Indonésie, l’application illustre la montée en puissance d’outils numériques conçus pour contourner la censure et donner aux citoyens un moyen d’action direct, que ce soit pour s’organiser, s’exprimer ou même échanger de la valeur. Bitchat pourrait bien devenir un symbole de résistance numérique dans les zones où liberté d’expression et connectivité sont menacées.
Source : Forbes
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