Confessions numériques : des millions de fidèles se tournent vers des robots religieux

Un nouveau phénomène se développe à grande vitesse : les applications religieuses intégrant des robots conversationnels attirent désormais des dizaines de millions d’utilisateurs dans le monde. Conçus à partir de textes sacrés et parfois de l’IA générative, ces assistants virtuels se présentent comme des confidents spirituels, disponibles à toute heure pour répondre aux doutes, proposer des prières ou rappeler des passages bibliques, coraniques ou de la Torah.

Certaines plateformes connaissent un succès fulgurant. Bible Chat revendique plus de 30 millions de téléchargements, tandis que Hallow, une application catholique, a brièvement dépassé Netflix et TikTok dans l’App Store. Aux États-Unis, Pray.com annonce 25 millions d’installations. Ces services, parfois proposés par abonnement jusqu’à 70 dollars par an, attirent aussi les investisseurs, séduits par le dynamisme de la « faith tech ».

Pour leurs créateurs, ces outils ne remplacent pas les églises, mosquées ou synagogues, mais servent plutôt de « chapelles numériques », permettant à une génération peu familière des institutions religieuses d’exprimer sa quête spirituelle. Des rabbins et prêtres reconnaissent que ces applications peuvent être un point d’entrée vers la foi, à condition qu’elles restent complémentaires des communautés physiques.

Mais les interrogations sont nombreuses. Des chercheurs et religieux mettent en garde contre une confiance excessive envers ces IA « toujours affirmatives », qui valident les propos de l’utilisateur plutôt que de l’amener à réfléchir. D’autres s’inquiètent des risques liés à la confidentialité des données, puisque les confidences personnelles faites à ces robots pourraient être exploitées à d’autres fins.

Malgré ces réserves, des témoignages montrent l’attachement grandissant des fidèles. Aux États-Unis, des utilisateurs racontent avoir trouvé davantage de réconfort auprès d’une application que dans leur paroisse, évoquant un accueil moins jugeant et une écoute constante. Pour certains, la possibilité de « parler à Dieu » à travers un écran constitue une aide réelle face à l’angoisse, la maladie ou le deuil.

Ce mouvement reflète aussi une mutation plus large : la numérisation de la spiritualité au même titre que l’éducation ou la santé. Comme la télémédecine ou l’enseignement en ligne, les robots conversationnels religieux traduisent un besoin de proximité et d’instantanéité, quitte à transformer le rapport traditionnel aux figures d’autorité spirituelle. Cette évolution soulève une question de fond : la technologie peut-elle devenir un médiateur durable entre les croyants et le sacré ?

En toile de fond, la popularité de ces outils interroge la place des institutions religieuses à l’ère numérique. Si les églises et communautés voient une partie de leurs fidèles migrer vers ces applications, elles doivent repenser leur rôle : rester un lieu de rassemblement et de transmission ou embrasser elles aussi cette « pastorale algorithmique » en intégrant l’IA dans leur pratique. Le débat est ouvert, et il dépasse les frontières confessionnelles.

Source : New York Times

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