
Meta a franchi une étape inédite dans le financement politique américain en annonçant la création de son propre super PAC en Californie, baptisé Mobilizing Economic Transformation Across (Meta) California. Cette structure, autorisée par la législation électorale américaine depuis l’arrêt Citizens United de 2010, permet à l’entreprise de Mark Zuckerberg de dépenser sans limite dans les campagnes électorales locales pour soutenir ses intérêts en intelligence artificielle. Contrairement aux pratiques habituelles, il ne s’agit pas d’un collectif d’entreprises, mais d’un super PAC entièrement contrôlé par une seule société – et donc, indirectement, par son fondateur.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la Californie débat de nouvelles lois parmi les plus strictes du pays en matière de régulation de l’IA. Sacramento étudie par exemple le projet SB 53, qui imposerait aux entreprises d’IA de publier et respecter des protocoles de sécurité, une exigence jugée contraignante par l’industrie. Pour Meta, qui se présente comme un acteur central de l’innovation, ces régulations menaceraient de freiner l’essor technologique et de pousser des entreprises hors de l’État.
Meta n’est pas seule à investir dans le terrain politique. En parallèle, un autre super PAC pro-IA, baptisé Leading the Future, regroupe de grands investisseurs de la Silicon Valley comme Andreessen Horowitz et Perplexity AI. Mais là où ce dernier joue la carte du collectif, Meta choisit une approche solitaire, qui lui garantit un contrôle total sur l’orientation et les bénéficiaires des financements.
Des experts en droit électoral soulignent le caractère exceptionnel de la démarche. « Zuckerberg aurait pu investir son propre argent, mais il choisit d’utiliser celui de l’entreprise », a noté Rick Hasen, professeur à UCLA. Cette centralisation du pouvoir contraste avec d’autres géants comme Google, dont la structure de gouvernance empêche un seul actionnaire d’imposer ses vues.
L’initiative rappelle toutefois certains précédents. Meta avait déjà financé à elle seule l’American Edge Project, un groupe d’influence contre les lois antitrust, et Zuckerberg avait cofondé FWD.us pour défendre la réforme de l’immigration. Mais la création d’un super PAC corporatif, alors que Meta est accusée de minimiser ses responsabilités en matière de sécurité des enfants en ligne, soulève des inquiétudes quant à la capacité d’un seul dirigeant d’orienter le débat politique.
Les observateurs estiment que la manœuvre vise avant tout à intimider les élus californiens à l’approche de décisions clés, notamment sur la régulation de l’IA et l’élection du futur gouverneur. L’investissement pourrait aussi s’étendre à d’autres enjeux électoraux, comme le redécoupage des circonscriptions. Avec ce super PAC, Meta ouvre une nouvelle ère où un géant technologique peut mobiliser des moyens financiers colossaux pour peser directement sur le jeu démocratique, quitte à accentuer la méfiance déjà forte envers le pouvoir politique de la Silicon Valley.
Source : The Verge
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