Les aéroports canadiens veulent remplacer le passeport par la reconnaissance faciale

Credit : Air Canada

Les plus grands aéroports du pays, appuyés par les compagnies aériennes, pressent Ottawa d’autoriser l’usage de l’identification numérique et des données biométriques comme le visage ou le téléphone intelligent pour voyager. L’objectif est d’accélérer les contrôles de sécurité et de suivre la tendance mondiale, déjà adoptée dans des hubs comme Dubaï, Singapour ou certains aéroports américains.

Le Conseil des aéroports du Canada et le Conseil national des compagnies aériennes soutiennent que le pays accuse un retard technologique et risque de perdre en compétitivité touristique. Selon eux, la reconnaissance faciale pourrait fluidifier les points de contrôle, réduire les files d’attente et libérer de l’espace aujourd’hui occupé par les équipements de fouille traditionnels.

Air Canada a déjà testé ce type d’embarquement numérique à Vancouver en 2024, avec un programme volontaire basé sur l’application mobile de la compagnie. Les premiers résultats se sont avérés positifs et l’expérience a commencé à être déployée ailleurs. Mais à l’échelle nationale, l’utilisation de ces systèmes reste limitée à des projets pilotes supervisés par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA).

Si la technologie est prête, la réglementation ne l’est pas encore. L’actuel cadre légal ne prévoit pas comment capturer, stocker ou partager les données biométriques. C’est là que les inquiétudes surgissent : qu’adviendra-t-il de l’information sensible des voyageurs? Aux États-Unis, par exemple, les citoyens peuvent refuser la reconnaissance faciale et leurs données sont effacées après 12 heures, mais celles des étrangers peuvent être conservées jusqu’à 75 ans.

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a d’ailleurs publié en août de nouvelles orientations rappelant que ces renseignements, intimement liés au corps humain, nécessitent un consentement éclairé, une transparence accrue et des protections solides. Des questions demeurent aussi sur le partage éventuel avec d’autres gouvernements et sur la proportionnalité des risques.

En parallèle, les aéroports canadiens investissent massivement dans leurs infrastructures. Montréal-Trudeau prévoit un projet de 10 milliards de dollars pour moderniser ses installations, tandis que Toronto Pearson a annoncé un plan similaire. Selon le milieu, c’est le moment idéal pour intégrer des systèmes biométriques.

Mais les partisans de la prudence rappellent que si ces innovations pourraient effacer plusieurs files d’attente, une seule restera inévitable : celle du café chez Tim Hortons avant d’embarquer.

Source : The Logic, Commissariat à la protection de la vie privée du Canada

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Un commentaire

  1. Excellent article qui soulève un enjeu crucial pour l’avenir du transport aérien au Canada.

    En tant que responsable de la sécurité aérienne pour l’associations des pilotes de Star Alliance, je partage entièrement l’idée que la biométrie et l’identification numérique peuvent transformer positivement l’expérience passager et accroître l’efficacité opérationnelle, dieu sait que le plaisir de voyager en a pris un coup ces dernières années.

    Cependant, cette évolution technologique doit s’accompagner d’un cadre réglementaire rigoureux. Les données biométriques sont permanentes, sensibles et intimement liées à l’identité des voyageurs. Qu’arrivera-t-il si il y’a une cyberattaque? Quels protections existera-t-il afin de protéger les passagers et employés de l’industrie?

    Avant de généraliser ces systèmes, il est essentiel qu’Ottawa s’assure de la transparence, du consentement éclairé et de la protection complète des données. Le Canada peut et doit innover — mais pas à n’importe quel prix.

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