Nos visages ne nous appartiennent plus

Credit : ChatGPT

Avec l’explosion des outils d’intelligence artificielle capables de recréer des visages à partir d’une simple photo, notre image est devenue une donnée parmi d’autres : disponible, réutilisable, et manipulable à volonté.

Un simple cliché suffit désormais à engendrer un double numérique. Des plateformes comme Sora d’OpenAI, Nano Banana de Google ou Image Playground d’Apple permettent de transformer une vidéo ou une photo authentique en une version générée, souvent bluffante. Officiellement, ces outils sont conçus pour la créativité. En pratique, ils ouvrent la porte à des usages incontrôlables.

La journaliste Nicole Nguyen en a fait l’expérience : un membre de sa famille a utilisé Meta AI pour créer une image de son bébé. Rien de malveillant, mais de quoi réfléchir. Car la politique de Meta autorise l’usage de ces images pour « améliorer l’intelligence artificielle ». Autrement dit, nos visages alimentent déjà les algorithmes.

Sora pousse le concept encore plus loin. En quelques secondes de capture vidéo, l’application fabrique un avatar capable de jouer dans n’importe quel scénario, comme un acteur de synthèse. Même si l’on peut restreindre son usage, il reste hébergé sur les serveurs d’OpenAI. Et dans cet univers parallèle, les frontières entre réel et virtuel s’effacent : on y croise des figures historiques ressuscitées, d’Einstein à Martin Luther King.

Mais la frontière du ludique est vite franchie. La présentatrice météo américaine Bree Smith a vu son visage détourné pour créer de fausses vidéos et images à caractère sexuel. Les escrocs utilisaient ces contenus pour soutirer de l’argent à des internautes convaincus d’échanger avec la vraie personne. Traumatisée, elle a contribué à faire adopter une loi au Tennessee interdisant la diffusion de tels faux contenus.

Pour contrer ce phénomène, des entreprises comme Vermillio ou Loti proposent de traquer et faire supprimer les copies non autorisées. Un marché entier est en train de naître autour de la « protection du visage », comme il en existe déjà pour la cybersécurité.

Les fausses images intimes touchent aussi les plus jeunes : selon une étude américaine de 2024, 15 % des élèves du secondaire disent connaître des cas de « deepfakes » non consentis mettant en scène leurs camarades.

Tant que les garde-fous resteront faibles, notre apparence restera une matière première en libre-service. L’intelligence artificielle ne se contente plus d’apprendre à partir de nos visages : elle les recrée, les anime et les fait parler. Et, de plus en plus souvent, sans jamais nous demander la permission.

Source : Wall Street Journal

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