À San Francisco, la ruée vers l’IA fait exploser les loyers

À San Francisco, la fièvre de l’intelligence artificielle ne se limite plus aux bureaux vitrés des start-ups. Elle s’étend désormais jusque dans les immeubles résidentiels, où la recherche d’un logement devient une véritable épreuve. Selon une enquête du New York Times, la métropole californienne connaît actuellement la plus forte hausse de loyers aux États-Unis, une flambée directement liée à l’explosion du secteur de l’IA.

Tout a commencé avec l’arrivée de jeunes entreprises comme Cluely, un développeur de logiciels d’entretien alimentés par l’IA. Après avoir levé plus de 5 millions de dollars, son fondateur Roy Lee, 22 ans, a décidé de louer huit appartements de luxe pour loger ses employés dans un immeuble flambant neuf de SoMa, le quartier technologique de la ville. Des loyers qui varient entre 3 000 et 12 000 dollars par mois, dans un complexe offrant salle d’entraînement, bar sur le toit et services de conciergerie. « Aller au bureau doit ressembler à rentrer chez soi », explique Lee, qui lui-même dort dans son bureau transformé en loft.

Ce type d’initiative n’est pas isolé. D’autres entreprises d’IA, comme Lindy, offrent des allocations logement pouvant atteindre 1 000 dollars mensuels à leurs employés s’ils vivent à moins de dix minutes du bureau. Résultat : les quartiers autour de Mission Bay et de South of Market, où sont basés OpenAI et Anthropic, connaissent une explosion des loyers, jusqu’à +13 % sur un an selon les données de CoStar. En moyenne, un appartement à San Francisco se loue désormais 3 315 $ US par mois, tout juste derrière New York, à 3 360 $.

Sur le terrain, la situation tourne à la course contre la montre. Les visites d’appartements attirent des files d’attente, et les candidats rivalisent d’imagination pour séduire les propriétaires : dépôts en espèces, promesses de versements anticipés, lettres de motivation, voire enchères improvisées. Une jeune professionnelle interrogée, Caroline Roche, raconte avoir visité 25 logements en une semaine avant de décrocher un bail à 3 200 $ US. D’autres, comme Ia Balbuena, ont tenté des approches plus désespérées ( affiches dans la rue, dessins, appels à témoins ) sans succès.

Pour les travailleurs de la restauration, de la culture ou des services, la compétition est perdue d’avance. Ted Egan, économiste en chef de la ville, reconnaît que le retour à San Francisco est devenu « quasiment impossible » pour ceux qui avaient quitté leur logement pendant la pandémie. Même si les loyers restent légèrement inférieurs à ceux de 2019, le marché est désormais dominé par les salaires et les pratiques du secteur technologique.

Cette flambée du logement illustre un paradoxe bien connu à San Francisco : la prospérité du numérique fragilise les équilibres urbains. Le maire Daniel Lurie, conscient du défi, tente de concilier deux impératifs contradictoires : maintenir l’attractivité du pôle mondial de l’intelligence artificielle tout en évitant que la ville ne devienne inaccessible à sa population. Une équation complexe dans une métropole où l’innovation façonne jusqu’à la manière d’habiter.

Derrière la vitrine dorée de l’IA, San Francisco se heurte ainsi à une vieille réalité : l’économie de la technologie, aussi dynamique soit-elle, continue de repousser les frontières du logement abordable. Et cette fois, ce sont les algorithmes qui fixent le prix des loyers.

Source : New York Times

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