OpenAI brûle 15 millions $ par jour pour alimenter Sora

OpenAI brûle des milliards dans sa course à la vidéo générative. Selon une enquête de Forbes, l’entreprise dépenserait jusqu’à 15 millions $ US par jour pour alimenter Sora, son application de création vidéo par intelligence artificielle, lancée sur iOS à la fin de septembre. Une ardoise colossale, évaluée à plus de 5 milliards $ US par an, qui soulève une question simple : combien de temps OpenAI peut-elle continuer à financer ce que certains décrivent déjà comme une « usine à vidéos inutiles » ?

En apparence, tout va bien pour la firme de Sam Altman. Sa valorisation flirte avec les 500 milliards $ US et son chiffre d’affaires récurrent annuel est estimé à 20 milliards $ US. Mais sous la surface, le gouffre financier est immense : OpenAI aurait perdu plus de 12 milliards $ US au dernier trimestre. Et Sora, son application vedette, contribue largement à cette hémorragie.

En quelques semaines, Sora a cumulé plus de 4 millions de téléchargements, générant des millions de vidéos quotidiennes : extraits absurdes de caméras de surveillance, publicités imaginaires et autres clips « fantaisistes ». Le problème, c’est que chaque séquence de 10 secondes coûte environ 1,30 $ US à produire. En se basant sur une moyenne de 11 millions de vidéos créées par jour, la facture s’élève à près de 15 millions $ US quotidiens. À ce rythme, la plateforme engloutit près d’un quart des revenus que génère OpenAI.

Ces coûts s’expliquent par la complexité des modèles vidéo. Contrairement au texte, la vidéo nécessite un traitement à quatre dimensions ( espace, temps, mouvement et cohérence des actions ) qui exige une puissance de calcul considérable. Selon l’analyste Deepak Mathivanan, chaque clip de 10 secondes requiert environ 40 minutes de temps GPU cumulé. À environ 2 $ l’heure de location par processeur graphique, la rentabilité est hors de portée.

Pour l’instant, OpenAI applique la stratégie classique de la Silicon Valley : offrir le service gratuitement pour attirer des utilisateurs, engranger des données et espérer réduire les coûts à mesure que la technologie s’améliore. Les analystes estiment que le coût de calcul pourrait être divisé par cinq d’ici 2026, puis encore par trois d’ici 2027. Mais entre-temps, l’entreprise dépense à perte pour construire sa base d’usagers.

Sam Altman, conscient du déséquilibre, a reconnu que « l’économie actuelle de Sora est totalement insoutenable ». Les recettes publicitaires ne pourraient pas couvrir de tels coûts, même si OpenAI introduisait une formule payante pour les créateurs professionnels. Néanmoins, chaque vidéo produite ( même humoristique ) alimente les bases de données nécessaires pour entraîner les prochains modèles d’IA vidéo. En d’autres termes, les pertes d’aujourd’hui servent à nourrir les futurs systèmes.

Cette stratégie n’est pas sans rappeler les débuts de YouTube ou d’Instagram : brûler du capital pour s’imposer avant de chercher à monétiser. Mais OpenAI n’est plus une start-up marginale : ses dépenses d’infrastructure atteignent un niveau comparable à celui d’un petit pays. Tant que les investisseurs croiront en sa promesse de domination de l’IA multimodale, Sora pourra continuer à produire ses millions de clips quotidiens.

Reste à savoir si cette débauche de vidéos absurdes servira réellement à bâtir l’avenir de l’intelligence artificielle… ou simplement à creuser un peu plus le trou financier d’une entreprise qui veut trop, trop vite, transformer la créativité humaine en données exploitables.

Source : Forbes

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