
Le commerce de détail québécois avance dans sa transformation numérique, mais pas aussi vite qu’il le faudrait. C’est la principale conclusion de l’étude dévoilée par Détail Québec, qui dresse un état des lieux sans détour : la maturité numérique moyenne des détaillants québécois s’établit à 5,96 sur 10. Un score qui traduit un secteur en transition, où les outils numériques sont présents, mais souvent sans réelle stratégie d’ensemble.
Réalisée auprès de 400 entreprises à travers la province, l’enquête met en lumière un commerce de détail en pleine mutation. Depuis la pandémie, la majorité des détaillants ont intégré le numérique dans leurs opérations ( de la gestion des stocks à la comptabilité ), mais l’innovation orientée vers l’expérience client ou la personnalisation demeure largement à la traîne.
Près de 77 % des détaillants utilisent des systèmes de point de vente numériques, 72 % des outils bureautiques comme Microsoft 365, et 67 % des logiciels de gestion des stocks. En revanche, à peine 9 % des entreprises exploitent réellement des outils de gestion de la relation client ou des applications mobiles. Quant à l’intelligence artificielle générative, elle reste encore une curiosité : 13 % des détaillants seulement l’utilisent de façon concrète. Cette disparité montre un secteur concentré sur l’efficacité opérationnelle, mais encore hésitant face aux outils capables de transformer l’expérience d’achat ou de soutenir une stratégie marketing numérique.
L’un des constats les plus révélateurs de l’étude concerne la planification numérique. Les entreprises qui possèdent un plan ou une stratégie numérique formelle affichent systématiquement de meilleurs résultats. Elles utilisent davantage d’outils, perçoivent leur maturité comme plus élevée et se montrent plus confiantes quant à leur capacité à évoluer. À l’inverse, les petites entreprises ( souvent sans planification ) peinent à suivre le rythme. Ces écarts se retrouvent aussi dans le commerce en ligne : 64 % des entreprises réalisent une part de leurs ventes sur Internet, mais plus de la moitié génèrent moins de 10 % de leur chiffre d’affaires par ce canal. Seules 2 % d’entre elles vendent exclusivement en ligne. Pourtant, une PME sur quatre envisage de se lancer dans l’année à venir.
La transformation numérique du commerce de détail reste freinée par trois obstacles majeurs : la surcharge organisationnelle (51 %), qui empêche les dirigeants de consacrer du temps à la stratégie numérique ; le manque de ressources financières (44 %), particulièrement criant dans les entreprises de moins de dix employés ; et le déficit de compétences internes (29 %), qui limite la capacité à former ou recruter des talents du numérique. Ces freins rappellent une évidence : la transition numérique n’est pas qu’une question de logiciels, mais aussi de formation, d’organisation et de vision.
Malgré un engouement général pour l’IA, son intégration concrète reste embryonnaire dans le commerce de détail québécois. Pourtant, ses usages sont multiples : rédaction automatisée de fiches produits, analyse prédictive des ventes, personnalisation du marketing ou encore service client conversationnel. L’étude recommande de démocratiser l’accès à la formation sur l’IA, à travers des cas d’usage concrets et des formations adaptées à la taille des entreprises.
Le rapport consacre aussi un chapitre au commerce électronique, et les chiffres sont parlants : 64 % des achats en ligne effectués par les Québécois le sont sur Amazon, contre 11 % seulement auprès de détaillants locaux. Malgré les efforts de promotion de l’achat local, la plateforme américaine continue d’écraser la concurrence. Pour les chercheurs, ce déséquilibre illustre à quel point le commerce québécois doit renforcer sa présence en ligne s’il veut conserver ses parts de marché.
Malgré ces défis, l’étude se termine sur une note d’espoir. Les dirigeants sondés souhaitent faire passer leur maturité numérique moyenne de 5,96 à 7,87 d’ici deux ans. Une ambition qui témoigne d’une volonté réelle de progresser. Pour y parvenir, Détail Québec et l’ADRIQ recommandent d’agir sur cinq leviers : planification stratégique, intégration graduelle de l’IA, cybersécurité, développement des compétences et accompagnement adapté aux petites entreprises.
Le Portrait de la maturité numérique 2025 s’impose comme une lecture essentielle pour comprendre où en est le commerce de détail québécois et vers quoi il doit tendre. Il trace une voie claire : celle d’un secteur qui doit passer de l’expérimentation à la stratégie, du rattrapage à la maîtrise. Pour les détaillants d’ici, le numérique n’est plus un projet à planifier, mais une condition de survie. L’avenir du commerce québécois dépendra de sa capacité à faire de cette transformation une réalité, durable et collective.
Source : Portrait de la maturité numérique 2025 (PDF)
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