
Presque dix ans après la disparition de Vine, une nouvelle tentative de résurrection voit le jour, portée par une figure bien connue des débuts de Twitter : Evan Henshaw-Plath, alias Rabble. Avec son application diVine, il veut non seulement ramener l’esprit de Vine, mais aussi offrir une alternative à un web saturé de contenus générés par l’intelligence artificielle.
DiVine n’est pas un simple exercice nostalgique. Soutenu par un financement de 10 millions de dollars provenant d’une organisation associée à Jack Dorsey, le projet s’inscrit dans une critique plus large du fonctionnement actuel des réseaux sociaux, dominés selon Rabble par des plateformes centralisées et des algorithmes opaques. L’objectif affiché : reconstruire un espace social centré sur l’humain, loin de l’inflation de contenu synthétique produit par les grands modèles génératifs.
Cette vision s’inscrit dans ce que Rabble décrit comme une lutte contre l’« enshittification » de l’internet, un terme popularisé pour dénoncer la dégradation progressive des plateformes lorsqu’elles privilégient les actionnaires plutôt que les utilisateurs. Pour lui, la montée des vidéos et messages générés par l’IA sur les réseaux sociaux illustre parfaitement cette dérive, trahissant l’essence même des interactions humaines qui ont forgé les communautés en ligne.
DiVine veut aussi préserver l’histoire du web. Le fondateur explore actuellement un gigantesque dépôt d’archives de l’ancien Vine, soit 2,5 téraoctets de données, et a déjà restauré plus de 100 000 vidéos d’origine. Pour lui, ces clips témoignent d’une créativité spontanée et d’une forme d’innocence qui manque aujourd’hui dans l’écosystème saturé des plateformes de courte vidéo.
Le projet ne vise pas à concurrencer frontalement TikTok, Reels ou YouTube Shorts. Rabble dit vouloir bâtir une alternative durable, éventuellement soutenue par des micropaiements ou des modèles semblables à Twitch. L’application revendique ouvertement son orientation anti-IA, avec la promesse de présenter « de vrais moments de vraies personnes, pas de l’IA ».
L’autre dimension cruciale du projet est la décentralisation. Rabble et Dorsey partagent une vision dans laquelle les réseaux fonctionnent comme le courrier électronique : plusieurs fournisseurs, plusieurs portes d’entrée, mais la capacité de communiquer librement entre plateformes. Une philosophie à contre-courant des géants du secteur, dont certains imposent désormais la connexion obligatoire pour consulter le moindre contenu.
Ce renouveau de Vine s’inscrit dans un mouvement plus large de startups sociales, souvent inspirées des plateformes du passé ( de Myspace à Tumblr ) et cherchant à recréer une forme d’authenticité perdue. Dans un contexte où les contenus générés par IA se multiplient, ces initiatives tentent de renouer avec les interactions humaines qui ont façonné la culture en ligne.
Pour Rabble, l’essentiel est ailleurs : bâtir un espace où une communauté, même modeste, peut s’exprimer sans se sentir noyée dans un flot de vidéos synthétiques. « Si quelques milliers de personnes y trouvent du plaisir, alors c’est déjà un succès », dit-il. DiVine devient ainsi autant un acte de résistance qu’un geste de préservation d’un internet plus simple, plus humain et moins artificiel.
Source : Business Insider
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